musique classique

Publié le vendredi, 3 mai 2019 à 08h55

Fil d’Ariane – Pietr’Antonio Locatelli, Alex Nante avec Marianne Piketty & Le Concert Idéal

Par Karima Romdane

Fil d’Ariane – Pietr’Antonio Locatelli, Alex Nante- couverture

Marianne Piketty & Le Concert Idéal vous invite à venir écouter et célébrer la sortie de notre nouveau disque " Fil d'Ariane " au Théâtre du Ranelagh le 13 mai à 20h.

Locatelli est généralement présenté comme l’un des plus dignes représentants de ces violonistes/compositeurs italiens baroques qui jouaient, les yeux exorbités, l’écume au lèvre, la perruque folle, la contorsion nerveuse et le pied sonore, timbres et acrobaties des plus spectaculaires. L’audience hurlait, s’entretuait, la transe envahissait les lieux, on se défenestrait. Les vibrations fabuleuses de ces virtuosi étaient même capables de faire évanouir des petits oiseaux. “Un plaisir trop douloureux” selon certains. Locatelli fixait longuement, d’un “regard intensément théâtral”, les badauds avant de commencer à jouer, il s’habillait “somptueusement avec des anneaux brillants” et dès qu’il posait l’archet sur la corde c’était “comme un diable”, il courait “comme un lièvre sur son violon”, avec un son “rude” qui brutalisait “les oreilles délicates”, mais finissait, avec une “agilité extraordinaire”, à les rompre au pouvoir expressif de ses “wild flights” (“envolées sauvages”).

La figure de Locatelli ne saurait toutefois se limiter à ce cliché de phénomène de foire. De Rome à Venise, en passant par Mantoue, de ses tournées allemandes à la ville Amsterdam (où il vivra plus de 30 ans avant d’y mourir), Locatelli évolue au cœur du bouillon culturel qui mène peu à peu l’Europe des goûts différents aux “goûts réunis” ou “gemischter Styl”. Il est d’ailleurs amusant que ce musicien “errant”, véritable ambassadeur italien en exil, termine son fameux Arte del violino par un “Laberinto Armonico” (“Labyrinthe harmonique”) ou son op.7 par un concerto intitulé Il Pianto d’Arianna (Le Pleur d’Arianne), décrivant les larmes de cette Princesse abandonnée par Thésée qu’elle venait de sauver, en lui offrant un long fil, du labyrinthe de Minos.

La musique de Locatelli repose sur une surprenante juxtaposition de la clarté dialectique de Corelli avec l’exubérance virtuose de Vivaldi, ses deux maîtres, et se teinte parfois d’une certaine “tenue” à la française, alors de plus en plus à la mode dans les cours européennes. Si Locatelli, en bon italien, sait faire feu de tout bois, il est néanmoins loin de se contenter de son habileté: il ne cesse d’explorer, n’hésite pas à se perdre dans les tonalités les plus improbables, les structures les moins symétriques, ou tordre ses doigts bien au-delà du plaisir bourgeois. Un style “décousu” qui déconcerte souvent mais qui fait apparaître de toutes nouvelles questions.

C’est cette idée de variété et d’errance, de perte de point de repère, qui a motivé ce projet. Le programme présente différents îlots de la musique de Locatelli, entre lesquels le compositeur Alex Nante se charge de dériver. Un fil d’Arianne qui cherche à montrer combien les différences n’ont aucun problème à coexister, et combien leurs confrontations, aussi paradoxales soient-elle, sont toujours un moteur vers l’émancipation.

Locatelli, Nante, composition. Avec : Marianne Piketty, violon et direction, Olivier Fourés, Mise en espace et en mouvement, Maxence Cornu, création

Informations pratiques
  • Théâtre du Ranelagh
  • 5 Rue des Vignes 75016 Paris (M°Ranelagh)
  • Plein tarif orchestre 35€, pour réserver en ligne
  • Lundi 13 mai 2019 à 20h