cinéma

Publié le lundi, 8 mars 2021 à 09h28

Europe 51 de Roberto Rossellini, prochainement en combo Blu-ray/DVD

Par Amélie Ravaut

Ingrid Bergman dans une scène du film Europe 51

Tamasa poursuit son entreprise de diffusion du cinéma italien à travers sa collection « Viva l’Italia » . Le 10 mars 2021, sortiront en combos Blu-ray/Dvd deux films de Roberto Rossellini : Europe 51 et Où est la liberté ? Proposés dans une version restaurée, ils sont accompagnés d’un livret d’analyses rédigées par le spécialiste Jean A. Gili et de bonus, notamment un entretien avec Elena Dagrada pour Europe 51.

Europe 51 est le second film que Rossellini réalise sa femme, l’actrice Ingrid Bergman. Avant, il y a eu Stromboli (1949). Suivront, le plus célèbre : Voyage en Italie (1953) et les moins connus Jeanne au bûcher (1954) et La peur (1954). Comme l’indique Jean A. Gili, la thématique de la sainteté et la figure du saint étaient déjà en germe dans son film précédent : Onze fioretti de François d’Assise (1950). Dans Europe 51, Ingrid Bergman incarne Irene, une femme bourgeoise, accaparée au début du film par les sorties mondaines et les réceptions, l’apparence de son intérieur et de ses tenues de soirée. Son jeune fils, Michele, sensible et fragile, lui procure plus d’agacement que de satisfaction et de joie. Lors d’une soirée entre amis, le garçon tombe dans la cage d’escalier. Quelques jours plus tard, il meurt des suites de son accident. Un proche de la famille, Andrea, journaliste communiste, lui confie qu’il s’agissait vraisemblablement d’un suicide.

Le deuil et la culpabilité poussent alors Irene à se rapprocher d’Andrea et à l’accompagner dans ses missions bénévoles au sein des quartiers pauvres de Rome. Le film change à ce moment de tonalité et de direction : des intérieurs feutrés et des plans rapprochés sur les petits comités, on passe aux grands ensembles de la périphérie, à une lumière blafarde et à la promiscuité des appartements délabrés. Irene fait la rencontre de toute une galerie de personnages : des familles dans le besoin, des êtres esseulés, un fugitif, une jeune prostituée tuberculeuse qu’elle veillera jusqu’à sa fin. Au fur et à mesure, Irene rejette tout ce qui faisait d’elle cette femme futile : la perte a éveillé sa conscience, elle se dévouera aux autres jusqu’au renoncement de sa propre liberté.

Rossellini filme le parcours d’une femme qui ouvre les yeux sur un monde qu’elle ne connaissait pas (les plans sur le regard intense et le visage hiératique de Bergman sont récurrents) et, par la même, dresse une radiographie de l’Italie d’après-guerre. Le personnage d’Irene, totalement étrangère à ces espaces, lui permet d’exposer son discours sur les mœurs, sur la politique, sur le travail ouvrier, mais aussi la religion et la place de la femme. En ayant pour point d’appui la chute d’Irene, qui passe d’une existence aisée mais futile à un dénuement volontaire et qui observe depuis la zone neutre du don, Rossellini met en scène l’ambivalence des êtres, le poids des institutions, les inégalités de classe, l’hypocrisie de la bienséance.

Le film, qui a fait l’objet de plusieurs versions (de montage et de doublage, suite aux interventions des distributeurs et de la censure, notamment en Italie), a été restauré dans sa version italienne, celle présentée à Venise à 1952, copie la plus longue.

Informations pratiques

Europe 51 de Roberto Rossellini, sortie le 10 mars 2021 en DVD/Blu-ray chez Tamasa

Jeu-concours des places à gagner réservé aux abonnés à notre lettre
(pour participer au concours, cliquez sur ce lien et répondez aux trois questions)