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Publié le samedi, 20 mai 2017 à 10h19

Chers Monstres, recueil de nouvelles de Stefano Benni

Par Stefano Palombari

Chers Monstres - couverture

Ce nouveau livre de Stefano Benni est un régal. Une preuve de plus que l’auteur de Bar Sport a atteint une maturité d’expression littéraire qu’on retrouve dans ses derniers écrits. Même le public le plus exigeant, qui le snobait auparavant, ne tarit pas d’éloges à son égard. De l’autre côté des Alpes, son nom reste encore solidement lié à son premier roman (justement Bar Sport), paru il y a tout juste 40 ans. J’avoue n’avoir jamais compris l’engouement autour de ce livre. Dans la préface à la nouvelle édition, sortie en Italie à l’occasion du quarantième anniversaire, l’auteur même ne cache pas ses réserves sur son premier opus.

Les Italiens ont un faible pour les monstres, chers aux écrivains et aux cinéastes. Ceux de Stefano Benni, protagonistes de Chers Monstres, recueil de nouvelles qui vient de paraître aux éditions Actes-Sud dans l’excellente traduction de Marguerite Pozzoli, s’inscrivent donc dans une lignée qui compte des noms illustres. Le clin d’œil au film, ou plutôt aux films, de Dino Risi (I Mostri et I nuovi mostri) me paraît évident.

Surréalistes, touchants, drôles et surtout (malheureusement) vrais, les monstres de Benni ne finissent jamais de surprendre. Au fil des pages, le lecteur s’aperçoit que les êtres prodigieux sont partout. Ils l’entourent, le serrent, le menacent. Les monstres cohabitent avec nous (Sonia et Sara). Bien qu’immatériels, ils ne font pas pour autant moins peur (Numéros). Ils peuvent être des objets banals, qu’on considère, à tort, inoffensifs (Le Géant).
Étymologiquement le mot « monstre » vient du latin monstrum, signe divin prodige, qui à son tour dérive de monere, c’est à dire avertir, mettre en garde. Et la mise en garde peut se cacher là où on l’attend le moins.

On perçoit, derrière les lignes, l’auteur qui s’amuse. Un enthousiasme créatif, contagieux, qui déteint irrémédiablement sur le lecteur. Son imagination débridée le pousse même à remettre au goût du jour un vieux conte pour enfants des frères Grimm (Hansel@Gretel.com). Parfois, Benni, repérant des tendances inquiétantes de notre société, nous façonne un futur effroyable. Et là le mot-clé se réconcilie avec son étymologie.

Il ne faut donc pas le chercher loin, souvent le monstre qui nous hante n’est autre que nous-même. C’est la mise en garde de Créatures, la « savoureuse » nouvelle qui ouvre ce recueil. Les pages de Chers Monstres recèlent des personnages hauts en couleur tels qu’un chat détective, une momie vengeresse, un vampire saigné par le fisc, un exorciste gifleur... mais surtout des moments de bonheur pour le lecteur.

Informations pratiques

Chers Monstres de Stefano Benni, Actes-Sud, 22,80 €
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