cinéma

Publié le dimanche, 12 avril 2020 à 10h07

Bleu miraculeux (Anatomia del miracolo) en streaming gratuit grâce à l'Institut culturel italien

Par Amélie Ravaut

Bleu miraculeux - une scène du film

En cette période de crise sanitaire et de confinement, l’Institut Culturel italien de Paris a mis en place un certain nombre d’initiatives pour poursuivre sa promotion de la culture italienne et conserver le lien avec son public. Depuis bientôt trois semaines, et par le biais du hashtag #IICCHEZVOUS, l’équipe de l’Institut organise des rendez-vous quotidiens, accessibles en ligne sur le site internet ou bien sur les réseaux sociaux : Facebook, Twitter (@IICParigi) et Instagram (@iicparigi). Durant cette période où il nous est nécessaire de rester chez nous mais aussi de continuer les échanges, des évènements cinématographiques sont d’ors-et-déjà programmés de manière hebdomadaire.

Ainsi le samedi 11 avril 2020, sur la page Facebook et pour une durée d’une semaine, il sera possible de voir en streaming et gratuitement le documentaire d’Alessandra Celesia : Bleu miraculeux (Anatomia del miracolo). La cinéaste et metteuse en scène, qui a d’ailleurs tourné une petite vidéo de présentation de l’évènement (visible sur cette même page Facebook), réalise des documentaires depuis le début des années 2000. Anatomia del miracolo, sorti en 2017, suit le quotidien de trois femmes à Naples durant les jours qui précédent puis suivent les festivités du lundi de Pâques et la procession en l’honneur de la Madone de l’Arche, Vierge blessée qui, à travers son bleu au visage, réalise des miracles. Ce rite ne pourra pas, cette année et pour la première fois de son histoire, avoir lieu.

La Madone au visage tuméfié porte les stigmates de ses blessures, de sa douleur mais aussi de son amour. C’est en cela que les trois protagonistes : Giusy, Fabiana et Sue ont une histoire particulière avec elle. Giusy, jeune anthropologue en fauteuil roulant habite depuis toujours face au sanctuaire. La Madone fait, comme elle le dit, quasiment partie de sa famille. Athée, elle a choisi de mettre à distance la foi et d’interroger, par le biais de ses recherches, les croyances et la spiritualité des autres. Fabiana, femme trans qui se prostitue la nuit venue, habite avec ses proches un quartier populaire de la ville et organise, avec un groupe de fidèles, les festivités autour du culte. Enfin Sue, pianiste d’origine coréenne, est à Naples en quête de spiritualité et de sens à donner à son art, tout en transmettant sa passion de la musique aux enfants en difficulté. Ces trois femmes aux vies très différentes, qui ne se connaissent pas et ne se rencontreront jamais dans le film, portent un regard singulier sur les miracles supposés de la Madone de l’Arche mais aussi, et surtout, sur l’idée de blessure et de résilience.

Alessandra Celesia a choisi de filmer ces trois protagonistes dans leur quotidienneté, dans leurs interactions sociales et familiales, dans leurs quartiers et environnements respectifs, dans leurs réflexions personnelles, assurant de multiples passages et ponts thématiques que le montage permet de raccorder de manière subtile. Traversent ainsi le film : les questions financières, la maternité, l’amour, la passion, le déchirement, la transmission. Chacune des femmes y apporte des réponses diverses, pleines de sagesse et de malice, et la réalisatrice capte dans le filmage de leurs discours, tout à la fois la rudesse de leurs expériences et la force avec laquelle elles se dessinent un destin. Que se soit avec l’aide de la foi ou non, avec l’espoir d’un miracle, à travers le regard des enfants ou la communion des êtres qu’apportent les rites. Car il y a, au cœur du film et en contrepoint à ces moments du quotidien, quelques brèves images saisissantes et paroxystiques de la procession et du culte des pénitents.

Le travail de prise de son et, notamment, l’environnement sonore semble très important, tout comme celui sur l’image et sa composition, pour retranscrire un certain cadre de vie, d’expérience de la vie. Le bruit/le silence, la netteté/le flou, les cadrages rapprochés qui viennent enserrer les corps et les plans à la composition « pleine » trouvent une sorte de justification. Ils questionnent, à l’écran, l’espace dans lequel ces femmes évoluent, cherchent une place, ils interrogent la manière dont leurs blessures physiques et psychiques influencent leur trajectoire. Ils traduisent cette partie visible de l’invisible qui vaut pour le tout, ce bleu sur la joue qui nous permet, comme le dit Giusy, non pas de vivre malgré tout, malgré nos blessures, mais de vivre, et d’être, « grâce à ».

Informations pratiques
  • Sur la page Facebook, Twitter et Instagram de l'Institut culturel italien #IICCHEZVOUS