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Publié le lundi, 6 février 2017 à 12h23

Le Dernier Arrivé de Marco Balzano

Par Riccardo Borghesi

Le Dernier Arrivé de Marco Balzano - couverture

Il arrive rarement de tourner la page et de s’apercevoir avec déception qu’il s’agit de la dernière. Cela m’est arrivé avec ce beau roman, qui suit une telle accélération émotive dans ses dernières pages, qu’il projette le lecteur bien au delà des mots de la fin.

Dans « Le dernier arrivé » on parle d’émigration et de déracinement, thèmes depuis toujours chers à la littérature italienne, et qui ont récemment repris vigueur, peut-être grâce à l’actualité des flux migratoires en provenance du sud du monde. Plus précisément, on parle d’immigration intérieure, de gens qui bougent en masse d’une partie à l’autre du même pays. De la partie pauvre à la riche. Du Sud au Nord. Il s’agit d’un phénomène presque méconnu dans les autres pays dans l’après guerre, mais qui en Italie a été tellement massif et diffus, qu’il a entraîné un profond changement social du pays.

Le roman raconte une histoire qui semble résumer en elle tous les destins des acteurs de ce phénomène: le déracinement, la fin prématurée de l’enfance, l’émigration enfantine (Ninetto, le protagoniste part sans sa famille de la Sicile pour Milan à l’âge de 11 ans), la précarité, les emplois les plus humbles, l’effort pour s’intégrer ou au moins être accepté, la promiscuité des dortoirs malsains qui rappellent ceux des immigrés du tiers monde d’aujourd’hui, les mariages précoces, l’usine, la lutte des classes, le succès ou l’échec.
Dans le cas de Ninetto il y aura même la prison à la fin de son parcours.

La partie la plus touchante du roman coïncide avec sa remise en liberté et la difficile réinsertion dans un monde devenu méconnaissable. Les pages dédiées à sa tentative de récupérer la relation avec sa fille et d’en construire une toute nouvelle avec sa petite fille, née pendant sa captivité, sont d’une délicatesse, d'une élégance et d'une justesse émouvantes.

L'unique point mitigé pour ce livre, dont je conseille vivement la lecture, concerne la traduction. Malgré une lecture fluide et agréable, j’ai l’impression que la traduction a trop lissé le texte original, qui est plus âpre, imbibé de sicilianité, riche de la couleur pas du dialecte mais de l’italien parlé par les Siciliens. Comment rendre cela ? Je ne saurais le dire. Sûrement pas en traduisant des termes vivants et immédiats comme « paesano » (personne du même village) avec « pays » (toujours entre guillemets dans le texte, presque à souligner l’incertitude du traducteur), c’est-à-dire avec des termes reliquats récupérés au fond du dernier tiroir de la mémoire linguistique.

Informations pratiques

Le Dernier Arrivé de Marco Balzano, Philippe Rey, 18€
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