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Publié le jeudi, 22 décembre 2016 à 12h40

Ferrare - Antonioni, Une hypothèse plausible de Thiery Roche et Guy Jungblut

Par Stefano Palombari

Ferrare - Antonioni, Une hypothèse plausible - couverture

Ferrare et Antonioni... le rapport entre le réalisateur et sa ville n’est pas immédiat. Thierry Roche, anthropologue passionné de cinéma et tout particulièrement de celui d’Antonioni, endosse les habits du détective cinéphile et quitte Paris à la recherche d’indices qui puissent établir un lien entre cette ville unique et le grand réalisateur.

Une hypothèse guide ses pas, que la ville ait « construit le regard d’Antonioni ». Pour chercher des preuves l’auteur se rend sur le lieu du crime. Et là il rencontre « par hasard » une spécialiste d’Antonioni qui le guidera, comme un Virgile, à travers les ruelles, les places, les trottoirs de Ferrare et de l’arrière pays. Durant son périple, l’auteur partage avec le lecteur ses impressions sur cette ville, ses habitants, ses vélos indisciplinés, ses couleurs... avec l’aide précieuse des magnifiques clichés de Guy Jungblut.

Ferrare rime avec Antonioni mais également avec Bassani, dont les ouvrages ont été vampirisés par cette ville insolite, au point de s’imposer comme le personnage principal. Naître à Ferrare pour les artistes ce n’est pas un détail. Cette ville modèle ses habitants. A condition qu’on la quitte. Comme si elle laissait une petite graine capable de pousser seulement en son absence.

« C’est en s’éloignant qu’Antonioni, Bassani ou Vancini parlent de Ferrare. En fait les grandes figures nées à Ferrare ont toutes quitté la ville. Prenez les peintres De Pisis et Boldini. C’est la même chose ou presque. »

L’humidité de la ville et son brouillard persistant pendant les mois hivernaux, pénètrent dans les os… pour ressurgir sous forme d’images brumeuses. « Il arrive qu’à Ferrare le brouillard tombe si épais qu’on ne voit pas à un mètre. Les sens se troublent et parfois l’imagination tout autant. Antonioni s’est habitué à ce brouillard (…) dont on trouve quelques échos tout au long de sa filmographie, dans Il Grido où l’atmosphère brumeuse de la plaine du Pô enveloppe l’errance du personnage principal et dans Il deserto rosso (…) il mélange dans un même plan la fumée dégagée par les cheminées d’usine et la brume générée par un paysage marécageux… »

Le volume s’achève sur une longue promenade en voiture vers la mer. En suivant le parcours du Pô jusqu’au moment où l’eau et le ciel se confondent « et seule une ligne peu discernable semblait encore pouvoir les séparer ».

Le titre du livre est trompeur. Bien évidemment l’auteur « parle », « raconte » du grand réalisateur et de sa ville natale. Mais il y a beaucoup plus… La prose de Thierry Roche est très raffinée, la rencontre avec le personnage fictif expert d’Antonioni, alter-ego de l’auteur, est un outil littéraire qui lui permet de conduire son texte aux frontières du genre. Là où le document touche la littérature.

Informations pratiques

Antonioni-Ferrare, Thierry Roche / Guy Jungblut, Yellox Now, 25 €
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