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Publié le vendredi, 22 août 2008 à 19h43

Le Cimetière aux Anges d'après Pirandello

Par Stefano Palombari

Le Cimetière aux Anges est le titre collectif de trois pièces de Luigi Pirandello, trois actes uniques : L’Imbécile, La Fleur à la Bouche, À La Sortie. L’ultime confrontation de deux êtres, face à face dans un faux western-spaghetti. Le dialogue insolite, en pleine nuit, d’un voyageur ayant raté son train et d’un homme atteint d’un mal incurable. Les étranges délibérations de trois personnages, pas vraiment morts, plus vraiment vivants, surgissant sous l’apparence qu’ils se sont donnés leur vie durant. Trois actes qui se répondent en un jeu hallucinant.

L’idée porteuse de la pensée esthétique de Pirandello, est celle de l’humorisme , conçu comme le sentiment du contraire. Elle débouche sur la conviction que la vie n’est rien d’autre qu’une grande pitrerie, une illusion semblable à celle qui se joue sur une scène de théâtre. Son art jaillit du contraste entre la personne, le personnage et l’impossibilité de l’un à être l’autre, de l’incapacité à être vie où forme. Il utilise ainsi le procédé du théâtre dans le théâtre; il développe les antithèses du oui et non, possible et probable, envers et endroit, le contraire possible de celui-ci et le double sarcastique de celui-là… face au spectacle du monde.

Les personnages de ses pièces sont souvent marqués par des signes âpres et violents, souvent bouleversants, parfois délirants où hallucinants, passant d’un rôle caricatural à un rôle tragique.

Son écriture est un exemple de virtuosité prodigieuse, une science inégalable du langage théâtral. Son sens de l’élocution, dans le registre du « parlato » son phrasé : convulsif, sanglotant, sanguin et spasmodique donne à son œuvre une telle dimension humaine qu’elle fait démentir la critique de cérébralité qu’on lui a souvent faite.

Pirandello est un véritable homme de théâtre : il est auteur, metteur en scène, impresario et même acteur. Il lui suffit d’une scène vide d’un peu de lumière… « Moi et le public on est déjà théâtre » « Celle que nous croyons vie est une illusion, mais l’art non. » L’art pour Pirandello est une réalité.

C’est donc, pour toutes ces raisons, que la confrontation avec le théâtre de Pirandello, s’est imposé comme un besoin urgent et vital, dans le parcours artistique du Théâtre de la Girandole qui, en passant par Ruzzante et Dario Fo, se mesure à ce jeu de miroirs hallucinant : une balançoire entre la vie et l’humain, dans une illusion vaine de lumières et d’ombres.

La fleur à la bouche
Un dialogue, au milieu de la nuit, entre un voyageur qui a raté son train et un emblématique client du café qui porte, enfermé dans sa bouche, les stigmates d’une passion humaine matérialisée par une excroissance violette au doux nom d’épithéliome : mal incurable qui ne lui laisse que quelques mois de vie. C’est l’acte unique le plus connu de Pirandello : un hymne désespéré à la vie. C’est le chant d’amour d’un homme qui s’accroche avec haine et douceur aux signes les plus insignifiants, aux gestes les plus communs de la vie. La sienne, s’éloigne inexorablement dans un compte à rebours car le temps lui est désormais compté.

Cette courte pièce se prête admirablement au « numéro d’acteur ». Pour éviter tout excès dans ce sens, la mise en scène et la direction d’acteur seront au service d’une théâtralité « physique » mais mesurée. Le texte, loin des tonalités déclamatoires, sera retenu, comme un monologue intérieur. Le personnage de « l’homme à la fleur » agira dans une sorte de suspension intemporelle qui l’amènera à un détachement profond de la réalité des choses. Le personnage du « Client », lui, sera dépassé par toutes les petites contraintes pratiques de la vie qui feront de lui un personnage humoristique.

L’imbécile
Autour des tables du café minable, se déroule un règlement de comptes. Dans une ambiance de « Western spaghetti » dérisoire, une confrontation extrême entre deux êtres. Leopoldo Paroni, journaliste fanfaron et lâche, et Lucia Fazio vengeresse de Lulu Pulino. Ce dernier vient de se suicider, et Paroni ne voit dans cette mort que ce que sa haine politique muée en obsession aurait pu en tirer. Pulino, « L’imbécile », au bord de la mort n’a pas répondu au délire de Paroni : accomplir un geste qui ne lui aurait rien coûté… Le suicide de Pulino n’est réellement compris que par Lucia Fazio qui va accomplir le même geste irrévocable.

Dans « L’imbécile », sur un fond tragique, l’humour se déverse dans chaque réplique. Une confrontation entre un homme face à sa propre mort et l’idée qu’on se fait volontiers de la mort d’autrui : un épisode éphémère aux yeux de celui qui reste en vie avec ses projets, ses ambitions, ses passions poussées jusqu’à la fureur. Le rythme des dialogues est serré, l’espace de jeux étroit. Un tête à tête dramatique aux contours imprévisibles, où la nature humaine mise à nue nous dévoile ses aspects tragicomiques.

A la sortie
Les tables du café et les chaises disparaissent de la scène, l’arcade devient la porte d’un cimetière et la guirlande de lumière se transforme au lointain en lumignons qui éclairent faiblement le cimetière.

C’est un texte qui a pu avoir une influence sur En attendant Godot et Oh ! les beaux jours de Beckett. Pirandello lui a donné comme sous titre : « Mystère Profane », dans le sens où la mort représentée n’est pas la mort mais un restant de vie, qui se déroule au-delà du rideau baissé… un hinterland temporaire de la vie. Ici, la mort vue de l’autre côté n’est pas génératrice d’angoisse à la pensée de la fracture éternelle du néant : c’est une sorte d’apologue.

Dans les œuvres théâtrales de Pirandello c’est la première pièce qui s’affranchit totalement de la vraisemblance réaliste. Les spectateurs sont témoins d’une évidente mise en théâtre, d’une distanciation. Le jeu des personnages tend à la stylisation. Dans une atmosphère paisible, les morts laissant leur corps dans la fosse, réapparaissent sur le pas de la porte, dans l’apparence vaine qu’ils se sont donnés leur vie durant…

Adaptation et mise en scène Luciano Travaglino, avec Patrick Dray, Félicie Fabre, Luciano Travaglino et en alternance Mégane Big et Thomas Carmet.
Les trois pièces seront ponctuées de chants en sicilien, la langue natale de Pirandello.
Informations pratiques
Théâtre de la Girandole plan d'accès
4 rue Edouard Vaillant - 93100 Montreuil (M° Croix de Chavaux), tél. 01 48 70 75 51
Dates : du 17 septembre 2008 au 26 octobre 2008 (Calendrier)

Tarif préférentiel 8 € au lieu de 17 € pour nos internautes
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Le Cimetière aux Anges
Théâtre de la Girandole, du 17 septembre 2008 au 26 octobre 2008 tarif préférentiel