cinéma

Publié le lundi, 15 décembre 2025 à 09h38

Duse de Pietro Marcello. Le théâtre dans le sang

Par Stefano Palombari

Valeria Bruni Tedeschi dans Duse de Pietro Marcello

Le 14 janvier 2026 sortira en salle Duse (Eleonora Duse) de Pietro Marcello, un long-métrage consacré à l’une des comédiennes les plus importantes de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Aujourd’hui, elle n’est pas très connue en France mais à son époque elle était une véritable star internationale, qui disputait le premier rôle à la grande Sarah Bernhardt.

Synopsis. A la fin de la première guerre mondiale, alors que l’Italie enterre son soldat inconnu, la grande Eleonora Duse arrive au terme d’une carrière légendaire. Mais malgré son âge et une santé fragile, celle que beaucoup considèrent comme la plus grande actrice de son époque, décide de remonter sur scène. Les récriminations de sa fille, la relation complexe avec le grand poète D’Annunzio, la montée du fascisme et l’arrivée au pouvoir de Mussolini, rien n’arrêtera Duse « la divine ».

Eleonora Duse était une célèbre comédienne au caractère mutin, capricieux et inconstant. Une « prima donna » souffrante et pugnace qui n’a pas hésité à se lancer dans des entreprises périlleuses, parfois ratées, voir désastreuses, sans assumer la responsabilité de l’échec. Les décennies et les graves événements survenus depuis sa mort en 1924, l’ont quelque peu fait oublier. Le biopic de Pietro Marcello a le mérite de dissiper les brumes épaisses qui la cachaient. Le personnage interprété par une Valeria Bruni Tedeschi très en forme, se révèle dans toute sa complexité.

Tout le long de la narration, le film réussit à garder un bon équilibre entre réalisme et fiction, grâce notamment à une distribution très convaincante. La rivalité entre Eleonora Duse et la star incontestée de l’époque, la comédienne française Sarah Bernhardt, dépassait les frontières au point que même Londres en fut concernée. Lors d’une double représentation de Magda, avec les deux comédiennes, le public londonien se divisa en deux factions antagonistes supportant l’une et l’autre. Il paraît que George Bernard Shaw fut l’un des plus fervents admirateur de l’italienne.

« La rencontre avec Sarah Bernhardt est importante car elle déclenche une situation de crise. Eleonora Duse souffrait de cette incertitude, de ces moments de crise. Elle a rencontré beaucoup de difficultés tout au long de sa vie. Elle a fait de mauvais choix, qui se sont soldés par des échecs. Et je ne parle même pas de sa fragilité personnelle, éminemment humaine, car cela imposerait d’ouvrir bien d’autres chapitres, très longs. Comme je l’ai dit au début, je voulais voir son histoire personnelle et l’histoire collective confrontées à un élément : la force absolue de son talent. ». Pietro Marcello

Le film explore aussi avec justesse toute la complexité, voire l’ambiguïté, du rapport entre Eleonora Duse et Gabriele D’Annunzio, qui l’appelait « La Divine ». Une collaboration artistique et une liaison qui n’étaient pas exempte d’orages, pour ne pas dire de tempêtes : Amour, admiration, jalousie... Le rapport de l’actrice avec le poète et dramaturge s’inverse. De démiurge, elle en dévient dépendante. Avec un subtil jeu de postposition chronologique, Pietro Marcello offre au jeune et maladroit Giacomino (sorte de doppelgänger) le rôle de Gabriele à ses débuts. Avec un destin fort différent car il ne deviendra jamais le « Vate ».

Informations pratiques
  • Au cinéma dès le 14 janvier 2026

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