Avant l'occupation romaine, vivaient aux bords de la Seine,
sur l'île de la cité, des populations celtes
appelées Parisii. Ils y avaient fondé une ville,
Lucoticia (lutèce), et bâti des ponts sur le fleuve.
Durant la Guerre de Gaules (58-51 avant J.-C.), en 52 avant
J.-C., à l'arrivée des armées romaines
conduites par César, les Parisii se soulèvent
à l'appel de Vercingétorix et détruisent
leur ville ainsi que les ponts. La même année, une
armée romaine conduite par le lieutenant Titus Labienus
attaque la ville et la conquiert. Dans l'île de la
Cité les conquérants reconstruisent la ville en
ruine et en même temps ouvrent des grands chantiers afin de
bâtir une nouvelle cité sur la rive gauche. Plus
tard ces travaux s'étendent aussi du côté est
de la rive droite.
Le plan romain d'urbanisation se développe autour de la
groma, c'est-à-dire de deux axes principaux, le cardo
maximus, du nord au sud et le decumanus maximus, d'est en ouest,
qui se coupent à angle droit. Dans l'ancienne
lutèce, parallèlement au cardo, qui correspond
à l'actuelle rue Saint-Jacques, les Romains construisent
aussi une rue secondaire, la via inferior, aujourd'hui boulevard
Saint-Michel. Le decumanus, qui traverse les deux routes,
correspond à peu près à l'actuelle rue des
Ecoles.
Plus tard, le cardo maximus est prolongé vers le nord, en
dépassant l'île de la Cité, et, sur le
parcours de la rue Saint-Martin, rejoint d'abord Senlis, puis
Rouen. Un de ses embranchements, aujourd'hui rue Saint-Antoine,
franchit le marais en direction de Melun. Vers le sud, le cardo
descendra jusqu'à Orléans. Parmi les constructions
qui naissent autour de ces voies, on compte plusieurs
bâtiments publics, thermes, arènes,
théâtres, temples, dont il en reste quelques
vestiges importants (Les Arènes de lutèce, Les
Thermes de Cluny ou Grands thermes du Nord et les Thermes de
l'Est, voir pages relatives).
En 410, l'Empire romain d'Occident
s'écroule. Les populations germaniques qui ont conquis la
France, abandonnent leurs idiomes pour parler latin et leur
religion pour se convertir au christianisme. En 496, Clovis, roi
des Francs, se fait baptiser. La même année, le
savant saint Benoît de Nursie (san Benedetto da Norcia)
établit une règle de conduite et organise, dans
toute l'Europe, un réseau de monastères, où
les moines vivent dans le respect de ses préceptes. Cet
ordre devient bientôt très puissant avec ses quelque
17 000 abbayes et prieurés et fournit, entre autres, 24
papes, 200 cardinaux, 1 560 saints, 43 empereurs, 44 rois. A
Paris, au cours du VIIIe siècle, on assiste à la
conversion à la règle bénédictine de
l'abbaye de Saint-Germain des Prés, construite en 543,
sous le règne du roi Childebert.
A la chute de l'Empire romain, la péninsule perd sa
suprématie. Paris et l'hexagone acquièrent, en
revanche, une importance croissante. Ce qui incite de
remarquables personnalités intellectuelles italiennes
(savants, mathématiciens etc.) à séjourner
dans la ville française. On enregistre ce
phénomène pendant tout le Moyen Âge. Tout
d'abord, ce sont les deux mathématiciens les plus
importants du XIIIe siècle, Léonard Fibonacci et
Campano da Novara, qui demeurent quelque temps à Paris. Au
cours de ses nombreux voyages, Léonard Fibonacci, dit
Léonard de Pise (v. 1175 - v. 1240), séjourne
longtemps dans la capitale pour approfondir ses connaissances
mathématiques du monde arabe. Avec son ouvrage
fondamental, le Liber abbaci (v. 1202), dont le titre vient de
abbaco, l'art du calcul, il fait connaître les chiffres
arabes en Occident, y compris le zéro, et l'art des
opérations arithmétiques reposant sur la
numération de position. Il y introduit aussi la barre de
fraction. Les méthodes de calcul sont
présentées à l'aide d'exemples et sont
appliquées à de nombreux problèmes pratiques
susceptibles d'intéresser les commerçants :
intérêt, profit, change, etc. Quant à Campano
da Novara (v. 1220 - v. 1297), c'est à lui qu'on doit la
naissance de l'arithmétique, qu'il rend autonome de la
géométrie. De plus, il étudie et commente
les ouvrages de Fibonacci. Les résultats des
mathématiciens italiens, et notamment ceux de Fibonacci
fourniront des outils indispensables à une autre
catégorie d'Italiens très nombreuse dans la
capitale, les hommes d'affaires.
A partir du XVe siècle, en Italie, on assiste à la
naissance d'un nouvel intérêt culturel, bâti
autour de l'homme : l'humanisme. L'érudit Giovanni Pic de
la Mirandole (1463-1494), une des grandes figures de ce
mouvement, établit de très bonnes relations
à Paris, en apportant sa contribution, fondamentale, au
milieu culturel de la capitale. Il y arrive une première
fois en 1485, pour des études sur la philosophie
scolastique, où il entre en relation avec le jeune roi
Charles VIII et Robert Gaguin. L'année suivante il rentre
en Italie. En 1488, persécuté par la curie romaine,
il est à nouveau en France. Arrêté à
Lyon, il est enfermé à Vincennes. A sa
libération, et sur l'invitation de Laurent le Magnifique,
il se rend à Florence, où il restera jusqu'à
sa mort. Pic meurt, peut-être empoisonné, le 17
novembre 1494. Quelques jours avant son décès,
alors qu'il est déjà au plus mal et que son sort
est signé, Charles VIII, qui passe par Florence en se
rendant à Naples pour l'envahir, veille à son
chevet en compagnie de Savonarole.
A partir de la fin du XVe siècle, les villes italiennes
commencent à s'enrichir et à s'embellir. Au XVe
siècle, l'Italie est le pays le plus riche d'Europe. Ce
dynamisme économique est dû notamment à la
naissance et à la mise en œuvre de nouveaux
instruments de commerce, dont certains sont toujours
utilisés (voir chapitre préc.). Le pays est
organisé en villes et petits États, dont les
seigneurs, riches et raffinés, encouragent les recherches
scientifiques et les créations artistiques,
littéraires et techniques. Mais, en même temps,
c'est une période de guerre. Les États de la
péninsule combattent entre eux et des pays
étrangers envoient des armées en Italie pour
régler des questions de succession. A leur entrée
dans les villes, les envahisseurs restent abasourdis par la
beauté, la richesse et la prospérité de ces
cités.
Le 2 septembre 1494 le jeune Charles VIII et son armée
impressionnante franchissent les Alpes pour envahir Naples, le 22
février 1495. Le séjour est de courte durée.
Une ligue de plusieurs États contraint en effet le
souverain français à prendre la voie du retour
seulement cinq mois plus tard. En rentrant, le roi
français emmène avec lui quelques joyaux de l'art
italien ainsi que des ingénieurs, tailleurs de marbre,
joailliers, orfèvres, ébénistes et bien
d'autres. Il appelle dans la capitale, entre autres, l'architecte
Fra Giocondo de Vérone, à qui est confiée
vers 1500 la construction du premier pont en pierre, le pont
Notre-Dame (ancien Grand-Pont). Jusqu'ici, à cet
emplacement il y avait eu plusieurs ponts, tous en bois, qui
s'étaient effondrés les uns après les
autres. Fra Giocondo construit ce pont en pierre surmonté
de soixante-huit maisons identiques en brique sur lesquelles on
procède à la première tentative de
numérotation immobilière à Paris.
François Ier, devenu roi en 1515, rêve à son
tour de descendre vers cette terre du soleil où sont
rassemblées les splendeurs de l'Antiquité. Il
n'aura pas plus de chance que ses
prédécesseurs.
L'Italie n'était pas pour François Ier seulement
une terre de conquête. Il était vraiment amoureux de
ce pays. En 1516, il offre à Léonard de Vinci une
hospitalité grandiose et le nomme " premier peintre,
architecte et mécanicien du roi ". Mais le grand artiste
toscan, qui mourra trois ans plus tard dans sa demeure, du
château de Cloux (aujourd'hui le Clos-Lucé), ne
passera pas par l'Ile de France.
La "nouvelle Rome"

Château de Fontainebleau foto © Sabine MilleUne
autre preuve de la passion de François Ier pour l'Italie
se manifeste dans ses grands projets pour Fontainebleau. Son
idée est de faire disparaître toutes les
constructions médiévales et de bâtir une "
nouvelle Rome ". Ainsi, il fait appel à deux artistes
italiens, Rosso Fiorentino en 1530, élève de
Michel-Ange, qui devient son peintre officiel, et Primatice, en
1532, qui est la personnalité la plus importante et
influente de l'art de la renaissance italienne à Paris et
en France. Les deux peintres dirigent les travaux à
Fontainebleau et, avec plusieurs autres artistes italiens et
français, forment l'école de Fontainebleau.
Pendant le règne de Henry II, les Italiens perdent de leur
autorité. Le chantier bellifontain est confié
à Philibert de l'Orme et Primatice peut donc s'occuper
d'autres projets. Pour le cardinal de Lorraine il réalise
un lieu de plaisance à Meudon, le tombeau du duc et de la
duchesse de Guise, ainsi que la chapelle de l'hôtel
parisienne des Guise, l'hôtel de Clisson dans le Marais
(60, rue des Francs-Bourgeois).
Après la mort du roi, Catherine de Médicis redonne
à Primatice la direction des travaux de Fontainebleu et
lui confie la tache de dessiner le tombeau d'Henri II. Pour ce
projet, Primatice, désormais en fin de carrière,
s'accorde bien avec le sculpteur français Germain Pilon.
Primatice meurt à Paris en 1570. Tout autre est le cas du
grand sculpteur Benvenuto Cellini, qui arrive à Paris en
1540. Il était célèbre pour ses
chefs-d'œuvre, mais aussi pour son caractère sanguin
et ses querelles. Et c'est justement pour ses excès qu'il
avait dû fuir Rome. Cellini travaille beaucoup à
Paris, même dans les domaines de l'architecture civile et
militaire. Cependant, sa réalisation la plus importante
est sans doute la porte du château de Fontainebleau,
ornée de statues et bas-reliefs, dont le plus
célèbre est la nymphe de Fontainebleau, maintenant
au Louvre. Malheureusement son caractère gâche
à nouveau tout. Il se dispute violemment avec Primatice,
et perd la confiance du roi. Il quitte Paris, en 1545, où
il laisse tous ses biens, avec l'intention d'y revenir, mais il
n'y retournera jamais.
Giordano Bruno et Caterina
Mais la renaissance italienne en France n'est pas présente
uniquement dans le domaine des arts. En 1528, Balthazar
Castiglione publie à Venise Le Courtisan (Il Cortigiano),
une œuvre qui a un succès énorme et sera
publiée dans plusieurs pays. En France le livre est
traduit en 1537 par Jacques Colin, secrétaire du roi, et
devient tout de suite un best-seller. Dans le domaine de la
philosophie, le grand penseur Giordano Bruno séjourne
à Paris entre 1581 et 1583, où il donne des cours
à la Sorbonne sur le thème des attributs de Dieu.
En cette période, il écrit plusieurs ouvrages
fondamentaux et Henri III le fait nommer " lecteur extraordinaire
" à l'université. Bruno décide d'abandonner
la France définitivement en juin 1586 par suite des
réactions négatives suscitée par son
œuvre Centum et viginti articuli de natura et mundo
adversus Peripateticos, dans laquelle il attaque la philosophie
d'Aristote.
François Ier meurt le 31 mars 1547. En 1552, le nouveau
roi, Henri II, relance les tentatives de conquête sur le
Milanais et Naples. Même s'il peut compter sur l'aide
précieuse du bon commandant, le duc de Guise, ses efforts
sont vains. En 1559, avec le traité du
Cateau-Cambrésis, la France renonce à toutes
prétentions sur l'Italie.
En 1533 le jeune Henri duc d'Orléans épouse
Catherine, fille de Laurent II de Médicis. Quand la jeune
princesse - elle a quatorze ans - arrive à Paris, elle
amène avec elle, entre autres, un petit objet
destiné à révolutionner les habitudes des
Français, la fourchette. En 1536, Henri devient roi, sous
le nom d'Henri II, et officialise sa liaison avec Diane de
Poitiers, évènement qui aura une conséquence
directe sur le chantier de Fontainebleau. Sous le règne
d'Henri II, en effet, les travaux sont confiés à
Philibert de l'Orme, protégé de la favorite. A la
mort du roi, en 1559, Catherine de Médicis envoie Diane de
Poitiers à Chaumont-sur-Loire et redonne à son
compatriote, le Primatice, la direction du chantier.
La renaissance s'achève dans le bain de sang des guerres
de religions opposant huguenots et catholiques. C'est dans ce
contexte que Catherine de Médicis joue un rôle
particulièrement important. Au jeune François II,
mort en 1560, succède Charles IX, âgé
d'à peine dix ans. Catherine, sa mère, devient
régente et s'entoure d'Italiens, du médecin
à l'astrologue. Quant à ce dernier, Cosimo
Ruggieri, elle lui offre un observatoire, une haute colonne
dorique qui faisait partie de l'hôtel de la Reine, un
bâtiment magnifique qu'elle avait fait construire par Jean
Bullant. Du complexe, qui se trouve à l'emplacement de
l'actuelle Bourse de Commerce, la colonne en est le seul
vestige.
Extraits de L'Italie à Paris de
Stefano Palombari, Parigramme 2003 - tous droits
resérvés.

