" Tu as fait la moitié du chemin ", c'est la phrase que la mère d'Accio avait l'habitude de répéter à chaque fois que l'un de ses enfants obtenait un bon résultat. Le père était totalement effacé. C'était elle qui décidait tout dans la maison. Et c'était elle, avec ses préférences non dissimulées, qui était à l'origine de tous les malheurs d'Accio. Déjà son prénom. Pour ses frères Manrico et Otello et ses sœurs Norma, Violetta et Mimì, ils s'étaient inspirés des personnages d'opéra, unique concession à la volonté paternelle, son père étant un grand passionné de musique lyrique. Lui, en revanche, on l'appelait tout simplement Accio, qui en italien est le suffixe que l'on ajoute à un mot pour lui donner une connotation négative.
Accio nous raconte sa vie, à la première personne, avec un style vivace et pétillant. Un vrai plaisir. Il démarre en politique comme fasciste. Il s'inscrit au MSI, parti qui s'inspirait de la politique du Duce, et intègre des groupes de casseurs. Mais au fur et à mesure il est de moins en moins convaincu. Il se rend compte qu'au lieu de préparer la révolution, la plupart de ses camarades étaient tout simplement les chiens de garde du capital. Ils tapaient plus volontiers sur les ouvriers que sur leurs patrons. À côté des événements personnels, on voit défiler l'histoire de l'Italie d'après guerre jusqu'à la fin des années '60. Les injustices, la contestation, la liberté sexuelle, la répression et la " stratégie de la tension ". Par le biais de son personnage, Pennacchi prend une position nette en dénonçant la violence de l'état, avec ses bombes, celles de Piazza Fontana à Milan, des trains et de la gare de Bologne, qui ont permis aux partis au pouvoir de se maintenir en place.
« Vous vous demandez : " mais qui les a posées ces bombes ? " Je vous trouve un peu nigauds, qui voulez-vous que ce soit ? C'était la Démocratie chrétienne, le parti-État, l'État démocratique. Vous me dites : " Non, pas lui mais ses services dévoyés. " Là, je vous trouve encore plus nigauds. A-t-on jamais entendu parler de " services dévoyés " ? Les services secrets sont dévoyés par définition […] s'ils n'étaient pas dévoyés, ils n'auraient pas besoin d'être secrets ».
Le roman de Pennacchi a inspiré le film éponyme qui sort en salle le 12 septembre, seulement inspiré, car le film s'éloigne beaucoup du livre. Cependant, la lecture de cet ouvrage passionnant, qui se lit d'un seul coup malgré ses 440 pages, peut aider à éclairer certains points du film.
Stefano Palombari
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