Nourit, une jeune Israélienne de dix-huit ans d'origine italienne, à la veille de son départ pour le service militaire, décide de faire quelque chose qui la taraude depuis longtemps. En Israël, le service militaire pour les femmes dure deux ans, voire toute une vie, et l'on ignore si elles en reviendront vivantes ou dans quel état physique et mental. Les événements atroces, inhumains, obscènes et insensés de l'actualité en témoignent.
Nourit sait donc qu'elle doit agir maintenant.
Son but est d'enquêter sur la vie de son père
biologique, le « donneur ».
Alors elle écrit lettre après lettre : d'abord à
Giorgio, le « donneur », décédé dans le présent
du roman, puis à sa femme, à ses enfants et aux
oncles âgés de son père, dont un patriarche
centenaire, premier de la famille à avoir fait
son alyah. Elle écrit pour recueillir des
informations, des éléments pour réaliser un
documentaire sur cette famille qui ne partage
avec elle qu'une partie de son patrimoine
génétique.
Pourquoi fait-elle cela ? Par curiosité peut- être, pour trouver un point d'ancrage auquel s'accrocher dans un contexte en pleine dérive. Même si elle répète tout au long du roman qu'elle ne cherche pas de père, qu'elle est pleinement satisfaite de celui qui l'a élevée en la comblant d'amour, elle sent que quelque chose cloche. Pourquoi connaît-elle le nom du donneur de sperme qui lui a donné la vie ? Pourquoi est-elle au courant de l'insémination artificielle depuis l'âge de ses sept ans ? Pourquoi accorde-t-elle de l'importance au « donneur » si la rencontre entre le spermatozoïde et l'ovule s'est faite sans amour ?
d'amour, elle sent que quelque chose cloche. Pourquoi connaît-elle le nom du donneur de sperme qui lui a donné la vie ? Pourquoi est-elle au courant de l'insémination artificielle depuis l'âge de ses sept ans ? Pourquoi accorde-t-elle de l'importance au « donneur » si la rencontre entre le spermatozoïde et l'ovule s'est faite sans amour ?
Son apparition soudaine est comme une pierre
jetée dans un étang. Après une première méfiance,
un souffle de vie ravive les liens familiaux. Les
souvenirs refont surface, on s'interroge sur des
questions jamais posées auparavant, on se libère
du poids d'une situation que l'on croyait
immuable.
L'arrivée de Nurit, telle la naissance d'un
enfant hors temps, est un cadeau inattendu du
ciel.
Même Nourit, d'abord curieuse mais détachée, commence au fil des rencontres, à nouer timidement des liens affectifs. Et pourtant, la plupart des personnages ne sont ni empathiques, ni généreux, ni accueillants (à part peut-être Franca, la deuxième épouse de Giorgio, décalée et envahissante). Pourquoi cela se produit-il alors ? Parce qu'on ne peut pas contrôler la génétique ? Parce que la famille et le sentiment d'appartenance sont des phénomènes intellectuels ? Il suffit de le décider pour qu'ils deviennent réels ? Ou peut-être parce que subsiste encore, sous les apparences et les mots, ce quelque chose d'indéfini, d'inachevé, qui l'a poussée à se lancer dans cette aventure? « L'apparition de la fille » est écrit sous forme épistolaire, ce qui permet des dialogues complexes, profonds et analytiques qui, sous forme orale, sembleraient artificiels et innaturels, voire ridicules.
Dans ces pages, au contraire, tout est naturel,
chaque mot est à sa place. Les personnages
prennent forme grâce à leurs propres paroles,
mais aussi à celles des autres. Et souvent,
l'idée que chacun se fait de lui-même ne
Dans ces pages, au contraire, tout est naturel,
chaque mot est à sa place. Les personnages
prennent forme grâce à leurs propres paroles,
mais aussi à celles des autres. Et souvent,
l'idée que chacun se fait de lui-même ne
correspond pas à celle que les autres ont de lui.
Cela confère aux personnages une
tridimensionnalité crédible, en mettant en lumière
leurs contradictions, leurs faiblesses et leurs
forces.
« L'apparition de la fille », bien écrit et bien
traduit, est un roman amusant et captivant, qui
plaira sans doute même à ceux qui n'apprécient
pas particulièrement le genre épistolaire.
P.S. : là encore, il apparaît clairement que le titre joue un rôle fondamental dans la dynamique d'un roman. On ne comprend le titre qu'après coup ; ce n'est pas une carte de visite (un clin d'œil destiné à attirer le lecteur-consommateur), ou du moins pas seulement, mais une explication. Il renferme l'essence même du livre. Le titre original « carissimi », qui sert d'incipit à de nombreuses lettres du roman, est partagé entre celui qui reçoit et celui qui donne, entre Nourit et la famille de Giorgio, tandis que « l'apparition de la fille » se positionne sans aucun doute d'un seul côté de l'histoire. Alors, pourquoi le changer ?