Voici une petite sélection des nouveautés éditoriales de cette rentrée littéraire. D’autres articles concernant de récentes publications d’auteurs italiens et/ou sur l’Italie seront en ligne dans les prochaines semaines.
Gramsci. Une vie politique. Le roman graphique que Miranda Richmond Mouillot et Dave Hackett consacrent au fondateur du Parti communiste italien est remarquable. Une fois plongé dans la lecture, on a du mal à émerger de cet ouvrage très bien conçu. Il s’avère à la fois d’une extrême précision conceptuelle et d’une grande lisibilité. Très expressifs, les dessins dégagent beaucoup d’émotion et de dynamisme. C’est très drôle. Le ton léger et parfois carrément décalé n’ôte rien à sa rigueur historique et philosophique. C’est une excellente porte d’entrée dans la pensée complexe, mais trop souvent banalisée, du penseur et homme politique sarde.
Palerme. Une autobiographie dans la lumière. Après Absolutely Nothing, ovni littéraire saisissant, la collaboration entre l’écrivain sicilien et le photographe iranien abandonne le désert (au sens propre et figuré) du sud des États-Unis pour débarquer à Palerme, dans la ville sicilienne où l’auteur est né. La géographie des souvenirs, baignée d’une lumière aveuglante, provoque une sorte de confession laïque. Un texte fluvial, ininterrompu, où le point a été aboli, peut-être disparu, paraphrasant Perec. Comme pour leur publication précédente, les clichés de Fazel, sont la traduction fidèle et personnelle de l’esprit du texte.
En Sardaigne, il n’y a que des îles (Isolatria. Viaggio nell’arcipelago della Maddalena). La transition est aisée entre les deux îles de la Méditerranée. Antonella Anedda nous conduit dans un périple très personnel de l’archipel sarde de la Maddalena, au nord-est de l’île. Un lieu que l’autrice fréquente depuis son plus jeune âge. Beaucoup de points communs avec le livre de Giorgio Vasta dont on vient de parler, notamment l’élément du souvenir, sublimé de façon très poétique par la charge émotionnelle. C’est une sorte de guide touristique altéré par le prisme déformant de la subjectivité. Un guide singulier où l’autrice ne tait (surtout) pas les fausses notes, les déceptions, les colères au sujet des agissements qui abîment trop souvent, tant de beauté. Seul regret, un titre français qui s’éloigne à mon sens, trop de la VO et du sens du livre.
L’enfant trouvé de Milan. Ce fut un succès littéraire à sa parution en 1889. Le livre fut même adapté à l’écran en 1956 par Giorgio Capitani. La maison d’édition CSI traductions a fait le choix judicieux de dépoussiérer ce vieux roman historique pour le proposer au public français. L’intrigue se passe au lendemain des glorieuses « Cinq journées de Milan » au cours desquelles le peuple de la ville lombarde se révolta contre l’occupant autrichien. Une histoire d’amour, de tromperie et de traîtrise qui s’insère bien à l’intérieur du contexte historique du Risorgimento. La publication de ce roman de Carolina Invernizio, comme pour Dolores Prato, Paola Masino, Clotilde Marghierila… fait partie de la récente tendance à la redécouverte de la littérature féminine italienne pour le plus grand bonheur des lecteurs.