C’est avec ce cinquième volume que s’achève le grand cycle narratif que Scurati a consacré à la reconstitution de la trajectoire humaine, politique et historique de Mussolini. Un travail d’une vie, pourrait-on dire, puisque l’auteur y aura consacré près de douze années, entre recherches et écriture. Cinq volumes qui, au fond, ne forment qu’un seul et même roman.
"La fin et le commencement" s’ouvre là où le régime s’effondre. Mussolini est destitué, arrêté, puis finalement libéré par les Allemands qui le contraignent à prendre la tête de la République de Salò, cet État fantoche façonné par les nazis. Après l’armistice signé avec les Alliés et la fuite ignominieuse du roi commence l’une des pages les plus tragiques et les plus sombres de notre histoire. L’Italie est abandonnée aux mains des nazis, qui commencent à déchirer les chairs du pays. La vengeance aveugle, le mépris des traîtres et la fureur des vaincus feront couler des fleuves de sang innocent.
C’est la défaite totale et sans appel pour le régime fasciste et pour ces italiens qui l’avaient voulu et soutenu.
Mussolini, prisonnier de son ancien allié, n’est plus désormais qu’un homme inutile. Abattu, vaincu, resigné face aux événements, il semble incapable de toute réaction. Dans les lettres adressées à sa jeune maîtresse, le sentiment qui revient avec le plus de force est celui de l’apitoiement sur soi-même, allant jusqu’à invoquer la mort, sans toutefois avoir le courage de se la donner.
Si les faits historiques sont connus de tous, le cheminement intérieur du Duce au cours de ses derniers mois demeure, lui, largement méconnu.
C’est ici que réside la force du roman : dans la reconstitution, à partir de documents originaux, de cette défaite humaine. Celle d’un homme qui, sans jamais remettre vraiment en question son passé, s’enfonce peu à peu dans l’apathie, la résignation, l’absence. Un homme qui demeure pourtant capable de gestes aussi cruels qu’inutiles, comme l’exécution de son gendre, Galeazzo Ciano, ou encore son consentement tacite aux exécutions arbitraires de civils sans défense.
Nous sommes bien loin de la figure héroïque, volontaire et conquérante qui habite encore l’imaginaire des nostalgiques.
Comme dans les volumes précédents, les documents demeurent les fondations sur lesquelles repose la narration. Lorsque les sources font défaut ou se contredisent, Scurati ne se prononce pas et poursuit son récit, s’abstenant de toute supposition. C’est précisément dans ces silences, comme dans l’épilogue lacunaire de l’exécution, que transparaît cette rigueur historique que certains lui reprochent de ne pas avoir.
Le roman s’achève enfin sur une longue liste de personnages — fascistes, résistants ou agnostiques — qui ont fait ou subi cette période historique. Le récit de leurs trajectoires de vie offre un avant-goût de la nature de l’après-guerre qui s’annonce.
Et ils nous aide également à comprendre que l’Histoire ne s’achève jamais d’un seul coup, mais qu’elle se dilue dans les temps à venir, demeurant toujours en arrière-plan des choses du présent.