Figure de la passion dévastatrice, Médée n’a cessé d’inspirer dramaturges, compositeurs et artistes au cours des siècles. Charpentier ouvre le bal en 1693. Un siècle plus tard, Cherubini livre sa version qui laisse déjà deviner par bien des aspects l’ère romantique à venir. La Médée de Darius Milhaud prendra quant à elle des allures de bohémienne tandis que la version de Rolf Liebermann connaîtra plusieurs formes, de la cantate originelle à sa dimension pleinement opératique.
Le Théâtre des Champs Élysées vous invite à travers la Trilogie Médée à découvrir cette figure à travers plusieurs compositeurs. Le troisième volet sera consacré à la Médée de Cherubini.
Brahms, tout comme Beethoven et Wagner ne cachèrent pas leur admiration pour la partition de Cherubini, son étonnant modernisme et sa force dramatique. Dans la grande lignée de la tragédie, la profondeur de l’œuvre est toutefois surprenante pour l’époque de sa composition (Boieldieu et Méhul triomphent alors à Paris), ce qui lui vaudra d’ailleurs un succès mitigé lors de la création et une longue absence des scènes jusqu’à sa renaissance au début des années 1953 grâce à l’interprétation désormais « mythique » qu’en fit Maria Callas malheureusement dans une partition alors dénaturée. Il fallut attendre encore trente ans pour que l’ouvrage retrouve sa forme originale alternant chant et dialogues parlés et surtout ses alexandrins en français. Confronté une nouvelle fois à un mythe antique (Iphigénie en Tauride de Gluck il y a quelques saisons à l’Opéra de Paris), le metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski livre ici une Médée toute à la fois magnifiée et défigurée. A l’image de Médée et Jason, couple « sulfureux » par excellence, la violence et la beauté s’offre un corps-à-corps où toutes les pulsions originelles et donc charnelles sont convoquées.
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