Dans un petit village de Sardaigne, non loin de la ville de Cagliari, l’annonce de l’arrivée imminente d’un groupe de migrants provoque la panique. Il ne s’agit pas de clandestins mais d’un groupe de réfugiés officiellement accueillis dans le village avec leurs « humanitaires ». Une solution transitoire dans l’attente de leur affectation définitive. Si la population locale se sent envahie, les arrivants ne sont pas contents non plus d’échouer dans ce trou paumé. Rien à voir avec l’Europe à laquelle ils songeaient.
On les parque dans une maison à l’abandon appelée « la ruine », sans eau ni courant. Les fenêtres sont des passoires et le toit ne protège pas de la pluie. Dans un village moribond où rien ne se passe depuis des décennies, où il ne reste plus que des personnes âgées, un événement de ce genre ne peut pas laisser indifférent. Si la plupart des habitants du village affichent ostensiblement leur hostilité, un groupe de femmes décide d’aller jeter un coup d’œil de plus près. Et c’est le début d’une aventure humaine qui laissera des traces.
C’est une lecture thérapeutique, à l’instar des autres romans de Milena Agus. On en sort plein d’optimisme pour l’humanité. L’écrivaine sarde a la capacité dialectique de retourner les discours alarmistes aux visées électorales. La vie dans le petit village reconnaît la vie d’ailleurs, la souffrance autochtone se réfléchit dans celle qui a franchi la méditerranée.
Les « envahisseurs » bouleversent des postures ankylosées dictées par des soupçons et des jugements hâtifs. Des amitiés se lient, des amours éclosent. La bouffée d’oxygène venue d’ailleurs emportera tout préjugé sur son passage.