Ce n'est pas un traité d'anatomie, que nous livre ici le physicien et romancier Paolo Giordano mais une histoire tragique, liée à l'actualité. Il est question de corps, bien évidemment. En l'occurrence, des corps jeunes, musclés et toniques des soldats. Vendus pour le sexe ou pour la guerre, les corps individuels se font corps, groupe, entité compacte. La « partie matérielle des êtres animés » (Petit Robert) devient concept, notion, métaphore. Un niveau impacte forcément l'autre. Les corps déchiquetés par les bombes provoquent l'éclatement du corps-groupe, le peloton.
Mitrano, Camporesi, Zampieri, Torsu... ces jeunes hommes partent combattre en Afghanistan. Tous pour des raisons différentes mais tous pleins de projets pour leur avenir après le retour. En terre Afghane, ils formeront un seul corps, le peloton Charlie. Chaque individualité a sa fonction, se fait organe, dans l'économie globale du groupe. Une fois sur place, la déception est violente. Rien ne ressemble à ce à quoi ils s'attendaient. Tout est laid, sale, refaçonné, désorganisé… tout ça ne peut mener qu'à la catastrophe. La mission du peloton Charlie tourne au carnage.
Privé de certains organes, le peloton se dissout. Malgré les évidentes responsabilités de la hiérarchie militaire, l'armée se dérobe à ses obligations vis à vis des victimes. Un bouc émissaire, un médecin, sera désigné comme le seul coupable.
Bien qu'il ne soit pas dépourvu de qualités, Le corps humain pèche par une évidente absence d'unité. On regrette l'originalité de fond et de forme ainsi que la précision mathématique de ''La solitude des nombres premiers''.