Pour échapper au pouvoir violent et rusé d’un système totalitaire qui écrase la Russie, un homme décide de se transformer en chien. Pour ce faire, il prend la fourrure d’un autre chien qu’il avait vu mourir dans un parc et en fait sa nouvelle peau : il devient ainsi le chien Iodok, le protagoniste du roman d’Aleksej Meshkov.
C’est le chien Iodok lui-même qui nous raconte cette histoire : on le voit s’adapter à sa nouvelle vie, acquérir petit à petit les sens et les capacités de la race canine, et obéir à son maître, le professeur Lyudov, car comme tous les chiens, Iodok a aussi besoin de cela, d’un maître qui puisse le protéger. Et pourtant, le professeur Lyudov travaille dans une clinique vétérinaire rattachée au centre du pouvoir administratif du régime que Iodok tente de fuir, le Zoo.
Derrière le prétexte de la justice et de l’ordre, le Zoo vise à éliminer tout possible opposant à son existence. Sa force est celle d’un « troupeau » auquel il est impossible de s’échapper. Ainsi, dans une société réglée par une brutalité animalesque, la transformation d’un homme en chien n’est peut-être rien d’autre qu’une manipulation de ce mécanisme du pouvoir. En effet, dans cet univers absurde, mais tragiquement proche du réel, le chien Iodok semblerait libre de profiter de toutes les joies de la vie, y compris l’amour pour une femme, mais en réalité sa liberté, tout comme sa fourrure, n’est qu’un masque – un expédient illusoire, tel l’amour – qui finit par se révéler une prison pour son corps.
Avec ce roman, Aleksej Meshkov nous renvoie aux atmosphères sombres et inquiétantes du Coeur de chien de Boulgakov, même si la représentation de la Russie du Chien Iodok pousse les jeux de manipulation de la trame du roman jusqu’à la représentation de l’image de son auteur : dans l’édition originale, en effet, Meshkov est présenté comme un écrivain russe de mère italienne, installé en Italie depuis quelques années, mais son identité réelle, comme celle du chien Iodok, n’a pas encore été dévoilée.
Une vision inquiétante des dangers de l’oppression politique aiguisée par une écriture qui alterne froideur et poésie. Excellente la traduction de Lise Chapuis.