Depuis son jeune âge, Luigi Martinotti rêve d’être historien, mais les circonstances de la vie réelle l’ont empêché de poursuivre ses études, et maintenant, à 35 ans, il gagne sa vie en travaillant dans un fast-food. Néanmoins, sa passion pour l’Histoire l’accompagne toujours : au boulot, pendant qu’il fait cuire des frites, et même pendant les week-ends, lorsqu’ il sort avec Antonella, une collègue du fast-food qui voudrait bien le distraire de ses lectures, mais en vain.
Car, pour Luigi, l’Histoire est une véritable vocation, et ses incursions dans le passé – telles des tentatives de fuite du présent, prennent souvent et volontiers la place de la platitude de sa vie quotidienne.
Et pourtant, Luigi croit que l’illusion d’un présent plus rassurant que n’importe quel type de changement contraint les hommes à rester immobiles dans leur réalité. Et comme, pour confirmer sa théorie, il sera le premier à succomber à la peur de l’inconnu. En effet, la promesse d’une publication déclenche en lui un mécanisme irréversible qui transforme l’espoir en angoisse et l’enthousiasme en doute.
« … les paroles élogieuses du professeur, sa promesse de publication, l’accompagnèrent jusqu’à la fin de son service. Dehors, passé le premier moment de soulagement illusoire, il sentit de nouveau le poids de la touffeur et de la température qui n’avait pas baissé par rapport à la journée. … Antonella l’attendait … ; en trinquant, … le vin descendait, froid et insipide, mais en tant que vin, ne tarda pas à les étourdir. Comme le voulait Antonella, comme, au fond, il le voulait lui aussi, c’était plus facile de se laisser aller ainsi, sur cette limite imprécise entre hilarité et somnolence, excitation et ivresse, et de la franchir … même si l’abri de sa méfiance ne fondit pas totalement… »
L’écriture suit le rythme de cette méfiance, ainsi que d’une sorte de dissolution progressive du monde académique dont Luigi avait longtemps rêvé de faire partie. Ainsi, dans un parcours fait de transitions presque imperceptibles entre passé et présent, rêve et réalité, De Marchi conduit son lecteur dans les méandres de la psychologie du personnage, pour le laisser à la fin aux confins indécidables entre vocation et obsession, obstination et folie.