Elisabetta Rasy est une romancière à part. Tout d’abord, elle n’est pas très prolifique. Elle publie tous les trois/ quatre ans. Sa production et sa prose donnent l’image d’un auteur qui a le sens de la mesure, de la retenue. Son style est d’une précision chirurgicale, ses phrases sont efficaces car elles vont droit au but. Chaque mot semble mûrement réfléchi, le seul possible et il n’y en a jamais un de trop. Une gestion rigoureuse de l’approche littéraire.
L’amie des jours en feu, « Les règles du feu » dans la version italienne, se déroule pendant la première guerre mondiale, à été 1917, sur le Karst, le Carso en italien, pendant que les troupes de l’armée italienne se confrontaient, avec des fortunes diverses, à celles de la coalition Autriche Allemagne. Maria Rosa, jeune fille de la bourgeoisie napolitaine, orpheline de son père depuis son enfance, décide de partir sur le front en tant qu’infirmière bénévole. Plus qu’un impératif moral, c’est la nécessité d’échapper aux pressions maternelles qui pousse la jeune fille à plier bagages. Parmi les autres filles qui aident à soigner les blessés, Eugenia, jeune fille silencieuse et introvertie de la région de Côme, suscite l’intérêt de Maria Rosa.
La vie dans le campement produit un véritable électrochoc sur Maria Rosa qui est soudainement confrontée à des difficultés qu’elle n’avait jamais connues. Les horreurs qu’elle côtoie quotidiennement, les souffrances, les mutilations, les agonies, des milliers de jeunes vies sacrifiées n’empêchent pas la naissance de sentiments forts, de rapports qui marquent à jamais, des amours impossibles y compris pour une époque de grands changements et de progrès social pour les femmes.
Sous forme de lettre imaginaire, le roman est axé sur le rapport entre les deux bénévoles que tout oppose : l’origine géographique et sociale, les caractères, les traits physiques… L’imagination de l’auteure produit une sorte de monde à l’envers où la « méridionale » est citadine, riche, grande et blonde, tandis que Eugenia est petite, brune, d’origine paysanne. En 1917, la réunification de l’Italie était toute fraîche. A l’époque, entre un Napolitain et un Lombard les différences étaient nombreuses, beaucoup plus nombreuses que les affinités. Les écarts linguistiques, dus à l’emploi du dialecte, se transformaient en de véritables obstacles. Mais la jeunesse a cette curiosité qui permet le salut. Et les diversités se muent en attirance.
Sous la plume toujours juste, essentielle, clinique, de l’auteur les personnages acquièrent une extrême vivacité. Des personnages auxquels on s’attache et qui restent quelque part en nous, une fois la dernière page tournée.