Une ville arabe au bord de la Méditerranée. Dans le jardin d’un hôtel, « Le Paradis terrestre » du premier chapitre du livre, Roger retrouve son ami Jamal, un intellectuel arabe spécialiste de l’Islam, « toujours à la recherche, comme dirait Ziauddin Sardar, “du paradis pour lui-même et pour les autresˮ ». Roger est italien. Il porte le nom d’un américain qui avait choisi de vivre en Palestine et — sans doute fasciné par l’expérience de cet « ancêtre d’élection » — il ressent à son tour le besoin de se plonger dans la culture arabe. Il choisit donc de faire ses études à l’Inalco, et c’est là qu’il rencontre Jamal pour la première fois.
Au moment de la narration, Jamal est devenu professeur universitaire, célèbre pour ses études sur la charia, et Roger s’est lancé dans l’écriture d’un essai sur les rapports entre l’Islam et l’Occident. L’idée lui était venue du Processo dell’Islam alla civiltà occidentale, un colloque organisé à Venise en 1955 qui rassembla des intellectuels du Monde arabe et des islamologues italiens pour mettre en évidence l’apport, à tort méconnu, de la culture islamique à la civilisation occidentale.
Cependant, si en 1955 le colloque de Venise avait pris la forme d’un procès de l’Islam contre l’Occident, maintenant que le rapport entre ces deux civilisations semble définitivement compromis, Roger choisit pour son analyse la forme du dialogue : « la forme plus apte à faire émerger de manière spontanée un sentiment commun », notamment le sentiment des musulmans vis-à-vis de l’Occident. Il ne s’agit donc pas d’établir à qui revient la faute initiale, si à l’Islam ou à l’Occident, mais, comme l’annonce le sous-titre du livre, d'entretenir une « conversation autour de quelques lieux communs ».
C’est ainsi que Roger se retrouve avec Jamal dans le merveilleux jardin de cet hôtel arabe où se déroule l’histoire de L’Islam et l’Occident. Il y rencontre également Abeer, une libanaise de mère circassienne qui travaille dans un camp de réfugiés palestiniens, et Halima et Khaled, les parents d’un jeune appartenant à des organisations islamiques radicales en lutte contre la politique impérialiste américaine.
Au cours de trois rencontres, ces personnages abordent les événements clé qui ont marqué l’histoire des rapports entre le Monde islamique et l’Occident : du colonialisme au terrorisme, en passant par le conflit israélo-palestinien. Et le récit, à la manière d’un conte philosophique, invite le lecteur à se défaire de toute idée reçue ou stéréotype dominant, et ouvre le dialogue à d’autres perspectives :
« Cher Roger, n’oublie pas que ce rapport pervers entre Islam et Occident n’explique pas tout. La relation entre les peuples arabes et leurs gouvernants-dictateurs est au moins aussi grave, car elle veut dire absence de liberté, violences policières, contraste explosif entre les richesses d’un petit nombre et la pauvreté dominante. Mais nous en parlerons à une autre moment, et peut-être avec d’autres interlocuteurs ».
Professeur d’histoire de l’Europe et de la Méditerranée à l’Université de Rome (Roma Tre), fondateur et secrétaire général de l’Union des Universités de la Méditerranée (UNIMED), fondateur en 1994 de la revue Rive, Franco Rizzi est l’auteur de plusieurs ouvrages sur les relations entre l’Europe et le Monde arabe, dont Unione Europea e Mediterraneo (Rome, 1997), Un Mediterraneo di conflitti (Rome, 2004), La Ciencia y la cultura en la Europa mediterránea (Barcelone, 2007), Rive. Incontri tra le civiltà del Mediterraneo (Lecce, 2007), Il Meditterraneo in rivolta (Castelvecchi, 2011).