« Pourquoi les fascistes... » est une autobiographie sous forme de livre de recettes. Dans ces pages, on parcourt le monde, avec des paquets de pâtes dans la valise, comme une carte de visite, comme un hommage pour l'hôte que l'on va rencontrer.
L'auteur voyage vers des terres exotiques et chimériques. Des bidonvilles africains, des îles paradisiaques et reculées, des forêts tropicales, des mégalopoles menaçantes et chaotiques. Dans chaque contrée, comme les marins dans chaque port avec les femmes, un ami l'attend, une cuisine est prête à l'accueillir pour le rituel des pâtes.
Dès son nom, Federico Tavola (« tavola » signifie table en italien), il semble prédestiné à devenir l'ambassadeur de l'art culinaire italienne à travers le monde. « Nomen omen », disaient les anciens.
À une époque où la mode est à nier la tradition culinaire nationale et à la réduire à une simple habitude, à un coupable stratagème marketing dépourvu de légitimité, ici, à contre-courant, elle retrouve sa puissance visionnaire, ancestrale et mythologique.
Anecdotes, lieux communs et réflexions sociologiques se mêlent dans ces pages, qui semblent écrites pour promouvoir l'universalité de la gastronomie italienne. On s'adresse à l'étranger (le livre est écrit directement en français) dans une bienveillance œcuménique vers les cultures culinaires du monde entier. Le "taco de carnita" des marchés d'Oaxaca est le frère de sang de la gricia du Latium. L'amour est cuisine ; la nourriture est par essence partage, tolérance, fraternité.
Les pâtes sont l'étreinte bienveillante de l'Italie au monde. L'auteur va parfois un peu loin, dans cet œcuménisme sans bornes, accordant égale dignité à toutes les pizzas du monde, à l'américaine à la brésilienne comme à la napolitaine, en contradiction avec l'impératif de la nécessité géographique et historique de chaque recette.
Certes, la modestie n'a pas sa place dans ces pages ; l'auteur semble avoir vécu mille vies, mais son enthousiasme sincère, désarmant et sans limites, finit par le transformer en un personnage de fiction, que Salgari et Artusi conduisent par la main dans toutes les cuisines du monde.
Comme nous aimerions vivre ces innombrables aventures, découvrir ces cultures exotiques et faire ces rencontres surprenantes ! Mais pour ceux qui, faute de moyens, de temps et de courage, mènent une vie modeste, cela semble difficile, voire impossible à réaliser.
Mais ce que chacun peut faire, c'est préparer et goûter toutes les recettes du livre. Chacune d'entre elles est un voyage en soi, certes moins exotique, mais réconfortant.
Consolons donc, la fourchette à la main, notre désir frustré de parcourir le monde.