Pensez à un fruit, comme ça, le premier qui vous vient à l'esprit. Je parie que pour beaucoup d'entre vous, ce sera une orange, ou bien un citron. Oui, car les agrumes sont des fruits à part, qui touchent les cordes les plus intimes de l'âme, ou du moins qui le faisaient autrefois, avant la banalisation mercantile de la mondialisation.
Quels autres fruits ont été autant célébrés par les poètes, représentés par les peintres, idéalisés dans les mythes et les légendes ? Peut-être la poire, l’abricot, la pêche ou la banane ? Vous me direz le raisin et la pomme, peut-être. Mais en lisant cet essai de l’agronome Giuseppe Barbera, vous vous rendrez compte que les agrumes, véritables hors classe, occupent une place à part dans l’univers des fruits comestibles.
Aussi rigoureux dans ses fondements scientifiques que dans ceux des sciences humaines, l’essai de Barbera, si riche en citations littéraires, historiques et mythologiques, surprend par la transversalité des connaissances qu’il rassemble.
Des lointaines origines génétiques aux premières traces archéologiques; de la mythification symbolique des temps anciens à celle, esthétique, de la Renaissance; de la découverte de leurs vertus alimentaires à celle de leurs propriétés curatives (pensons au scorbut) ; de leur usage exclusif aux classes dominantes à la conquête impériale des cinq continents, les agrumes ont accompagné l’humanité à chaque étape de son histoire.
Toujours présents, toujours mystérieux, toujours fascinants, ils semblent, hélas, avoir perdu — dans notre modernité capitaliste — leur attrait auprès des générations actuelles.
Alors, saluons cet essai riche et passionnant, qui nous rappelle notre histoire commune, et symbiotique : une histoire au cours de laquelle l’homme a accompagné et orienté, avec selections et techniques de culture, l’évolution des agrumes, et où, en retour, ceux-ci ont contribué à la nôtre, en apaisant nos tourments de l’âme et du corps grâce à leur éclatante "solarité".
P.S. : Pour rendre justice à l'auteur, je signale que le titre original, traduit littéralement, serait « Les agrumes, une histoire du monde ». Je m'interroge, une fois de plus, sur la nécessité de telles traductions dont les fins sont purement commerciales.