Le singulier est trompeur, car il ne s'agit pas d'un seul cahier mais de trois. Par ailleurs, le titre italien, Diari, est au pluriel. Cahier intime est une trilogie qui se passe à Monza, dans les environs de Milan. Une petite ville de province, comme plein d'autres, où tout le monde se connait, où les alternatives de loisir ne sont pas très nombreuses. Elle s'impose ipso facto comme l'un des protagonistes du film.
La jeunesse s'abrite dans une rébellion visible autant que stérile : Se trouer la peau, se la tatouer pour vaincre l'ennui, pour s'inventer une différence. Où bien teinter ses cheveux de couleurs improbables. Et puis, la nuit tombée, se réfugier en masse dans des boites minables, en croisant toujours les mêmes personnes. La rébellion biologique de la puberté se double de celle contre le lieu de résidence et ses contraintes.
La jeunesse, oui la jeunesse, car Cahier intime est surtout une histoire d'ados. Deux en particulier : Leonora, alias Leo, dont la vie « paisible » est totalement bouleversée par le retour soudain et inattendu d'un père jamais connu, et Ali, dont les origines lui posent quelques soucis dans la normalité aisée et bien pensante de la petite ville lombarde. Leurs histoires se croisent et croisent celles d'autres ados de la même ville et de la même école.
Des rapports se tissent, d'autres avortent, car quoique l'on fasse on ne peut rien contre le poids idéologique et normalisant de la bonne société de province, bâtie, en dépit d’une modernité de circonstance, sur des croyances ancestrales.
Si la matière est indéniablement intéressante, elle ressort du film de manière assez confuse. Les différents thèmes abordés (trop nombreux ?) sont jetés là, en vrac et ils restent isolés, sans réussir à s'articuler pour créer un ensemble homogène. Mais le plus grand bémol concerne le jeu des acteurs, la plupart étant non professionnels, dont la prestation n'est pas vraiment convaincante.