Publié le jeudi, 5 février 2026 à 09h35
Retour à Trieste, et au cœur de l’histoire italienne avec Federica Manzon
Alma a 30 ans. Elle est journaliste à Rome. Lorsque son père meurt, elle est contrainte de revenir à Trieste, la ville de son enfance qu’elle avait fuie, pour régler la question de son héritage. Elle se donne trois jours sur place, avant de se perdre dans ses souvenirs. C’est une traversée de langues, de cultures, d’histoires. On suit Alma dans les rues de Trieste à 10, 20, 30 ans. On côtoie ses grands-parents passionnés de voyages et de littérature, on découvre en même temps qu’elle le fils d’un ami de son père recueilli comme un frère, on assiste aux conflits politiques et identitaires propres à une ville frontalière de la Yougoslavie à la fin du XXe siècle.
Car l’identité est au cœur de ce roman : « Au bout d’un moment, je ne savais plus qui j’étais, où j’étais » (p.331). La mémoire, aussi : « Mystifier le passé, modifier les contours de la réalité, voilà un exercice qu’elle maîtrise à la perfection » (p.18).
Avec Retour à Trieste, c’est un récit vivant et vibrant que nous livre Federica Manzon, et un récit chargé d’histoire. L’intime se lie au politique, le passé au présent. C’est un sans cesse va et vient entre chacun. Tout s’enchaîne, se lie et se lit avec intérêt. Particulièrement les jolies phrases, presque poétiques, glissées entre dialogues énigmatiques et images violentes.
Il y aurait beaucoup à dire, à analyser, à comprendre de ce roman récompensé par le prix Campiello 2024. Nous n’en garderons qu’une phrase : « C’est à elle que son père réserve les discours importants, ceux sur la liberté ou les frontières, convaincu que les filles sont plus débrouillardes et que c’est à elles d’infléchir le cours du monde » (p.82).
Informations pratiques
- Federica Manzon, Retour à Trieste, traduit de l'italien par Laura Brignon, Albin Michel, 22,90€





