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Publié le mercredi, 11 juin 2025 à 09h29

Feuilleton en noir et blanc de Samuel Brussell

Par Riccardo Borghesi

Ils y ont cru - couverture

Nous voici, presque quatre ans après son dernier livre, de nouveau sur la route avec Brussell. Après le Trieste de "Alphabet triestin" et la péninsule italienne entière de "Continent'italia", nous nous retrouvons ici avec un champ d'action beaucoup plus large, une liberté thématique plus étendue et une frénésie de vie et de connaissance amplifiée si possible.

Un champ élargi certes, mais toujours sur les marges. Suivant l'auteur dans son errance, nous nous engageons à longer les frontières, à emprunter des sentiers secondaires et cachés, à nous arrêter dans des lieux désuets, inconnus du plus grand nombre, et qui le seront encore davantage au fil des générations.

Nous sommes en plein dans la poétique de Brussell, à la recherche des micro- résonances du passé dans un présent mineur et évanescent. Un présent que la plupart des gens aurait du mal à percevoir, comme la prononciation d'une voyelle dans le dialecte résiduel de la Sérénissime.

Vaste champ certes, mais l'épicentre reste toujours l'Italie tant aimée par Brussell, tant respectée, rêvée, idéalisée. De là, par cercles concentriques de plus en plus larges, de l'Europe au Moyen-Orient jusqu'aux lointaines Amériques, l'auteur nous parle de rencontres, de réminiscences soudaines, de recherches sur des réalités mineures.

Et il le fait par flashs de quelques lignes, comme des éclairs qui illuminent un paysage nocturne pendant de brefs instants pour l'abandonner à nouveau à l'obscurité. Mais aussi avec des récits de quelques pages, brefs reportages, avec des citations d'auteurs pour la plupart oubliés (à l'exception du grand Stendhal bien-sûr, pour lequel l'admiration reste inébranlable). Mais il y a ici, peut-être plus que dans les livres précédents, un souffle mystique. Une recherche de la transcendance, à travers des traces dans le présent que l'auteur perçoit comme telles.

On parle de religion, de foi, mais de manière syncrétique et œcuménique. Aucune religion ne prévaut, ne détient l'exclusivité de la vérité. Si toutefois cette vérité existe.
Se pourrait-il qu'en raison de la proximité géographique, le mysticisme Bahaï, ancré dans sa ville natale de Haïfa, y ait contribué ?

Quoi qu'il en soit, tout porte en soi le germe de la spiritualité, même les réalités les plus prosaïques. Nous sommes presque ici dans un animisme universel. C'est peut-être pour cela que la lecture de ces pages, malgré leur paroxysme tourbillonnant, respire la sérénité, la confiance en l'homme, la curiosité lumineuse et bienveillante des choses du monde.

Informations pratiques
  • Samuel Brussell, Feuilleton en noir et blanc, La Baconnière, 19€