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Publié le lundi, 9 septembre 2019 à 09h38

Dévorer le ciel, roman de Paolo Giordano

Par Riccardo Borghesi

Dévorer le ciel - couverture

L'adolescence qui est au centre de ce beau et touchant roman de Giordano est une adolescence extrême, déraisonnable et immodérée, à l'idéalisme sans compromis. Une adolescence si radicale que les personnages ne semblent pas pouvoir en sortir, y restant prisonniers jusqu'à la catastrophe.

Ce qui semble intéresser l'auteur, c'est la nécessité d'absolu qui marque cette période de nos vies. Un absolu qui permet d'organiser le chaos de l'existence et de simplifier faussement sa compréhension.
La peur du chaos inclut également le besoin du sacré, qui imprègne tout le roman et qui finit inévitablement par coïncider avec le besoin d'idéaux binaires, manichéens.

Si je vous racontais l'histoire dans les faits, je rendrais probablement un mauvais service au roman. Les faits simples sont en effet surprenants, excessifs: une famille d'accueil structurée comme une secte religieuse, imprégnée d'une foi chrétienne profonde mais hérétique, presque animiste; une communauté de jeunes organisée autour d'un credo écologique, steinerien et fukuokien et qui tente de vivre de cette agriculture magique; un besoin irrépressible de paternité qui pousse les personnages à tout essayer, contre toute évidence; un écologisme violent et irrationnel qui mène à la croisade fatale contre l'abattage des oliviers séculaires attaqués par la xylella dans les Pouilles.

Et pourtant, grâce à la maîtrise de Giordano, tous ces épisodes improbables finissent par apparaître naturels et, indissolublement liés les uns aux autres, "raisonnablement" inévitables. Le regard de l'auteur sur les personnages, bien dessinés et crédibles mais finalement porteurs de caractères stéréotypés, est empreint de tendresse mélancolique.

Giordano dans ces pages semble regarder sa propre jeunesse qu'il sent s'éloigner, et projette sur les personnages la nostalgie d'un moment de la vie qu'il voit comme matrice de toutes les possibilités, mais qu'il finit par représenter avec un déterminisme sans issue.

PS1: on regrette, seul défaut du roman, le recours -devenu presque un topos inévitable dans les romans italiens- aux hackers pour régler les difficultés de scénario.
PS2: Giordano présentera son roman à l'Institut Culturel Italien le 16 septembre : lisez-le et profitez de cette occasion pour en parler avec lui.

Informations pratiques

Paolo Giordano, Dévorer le ciel, Seuil, 22,50 €
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