mise à jour : 20-05-2008 11:47:45
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actualités italiennes

Opinions

Wu Ming et le printemps de la culture transalpine

Wu Ming et le printemps de la culture transalpine

par Stefano Palombari
Pour cette rentrée 2007, l'événement littéraire en provenance de la botte est sans nul doute Wu Ming, dont deux livres, New thing et Guerre aux humains, viennent de paraître chez Métailié. C'est le côté mondial, ou alter-mondial, voire universel, vu les thèmes abordés, d'une nouvelle génération d'écrivains italiens. Le point de départ est délibérément politique. Ils revendiquent l'héritage de Luther Blisset, nom multiple, ou pseudonyme collectif, mais pas un groupe au sens propre car tout le monde pouvait l'utiliser pour signer ses actions de " contre information ". Luther Blisset a opéré surtout en Italie dans les années '80 et '90. L'émission Chi l'ha visto ? (Perdu de vue) a été la victime de leur coup le plus célèbre quand ils ont provoqué la chasse à une personne inexistante.
Wu Ming est un mot chinois qui veut dire, avant tout, " anonyme ". C'est la signature utilisée par des dissidents politiques chinois. Wu Ming vise, déjà par son nom, à réduire l'importance de l'identité de l'auteur par rapport à la qualité de l'ouvrage. Voilà la révolution copernicienne de ce groupe de cinq écrivains bolonais qui se cachent derrière ce nom : " il faut remettre l'œuvre au centre de l'intérêt des lecteurs au détriment de l'ego de l'auteur ". Un livre est bon ou il n'est pas bon mais il n'est pas, ou mieux il ne devrait pas être, intéressant car il a été écrit par un auteur célèbre. Ce qui fait un bon libre ce sont ses qualités et non le nom de l'auteur. Donc Wu Ming n'est pas un auteur mais il en sont cinq. Par ailleurs " cinq noms " est la deuxième signification du mot Wu Ming si l'on change légèrement la prononciation de la première syllabe.
Parmi les autres points de la " révolution culturelle " de Wu Ming il y a le rejet de la conception marchande de la culture. Ils se battent contre l'idée même de " propriété intellectuelle ", cet oxymore qui permet de " vendre " la production culturelle comme une vulgaire marchandise. Tous leurs livres sont en libre téléchargement sur leur site Internet, selon les préceptes du copyleft. La culture est publique par définition et les connaissances doivent être mises à la disposition de tout le monde. A plusieurs reprises, ils ont défendu le partage de fichiers informatiques (peer to peer) et donc leur téléchargement, ce qui est justement interdit par la loi sur protection de la propriété intellectuelle.
Ils sont cinq, ce qui fait que Wu Ming a des styles, des thèmes, des sensibilités différents mais il y a toujours un petit rappel aux gros sujets d'actualité ou aux grands oublis de l'histoire avec un avis original et souvent dérangeant. Toujours dans le domaine littéraire, aux antipodes de l'universalisme de Wu Ming, se situe le roman noir, un genre dans lequel l'Italie n'a pas de vraie tradition, mais qui nous réserve depuis quelques temps de véritables bonnes surprises. Une sorte d'école du polar italien est en train de naître au point que l'éditeur Grasset a sorti au printemps dernier un recueil sous le titre " Petits crimes italiens ", version française d'un livre publié en Italie un an auparavant, où plusieurs auteurs, plus ou moins connus, y ont contribué avec un petit texte. L'opération permet de faire des comparaisons et de trouver des éléments communs à ces écrivains d'âge et d'origine très différents, que l'excellente préface de De Cataldo met bien en évidence. Parmi eux l'on voit resurgir le côté régional, on pourrait dire même provincial, de la production culturelle italienne. Dans le noir italien, à côté des personnages principaux, un rôle de tout premier plan est confié à la ville, la province, plus rarement la région, où l'intrigue se déroule.
Cette vivacité culturelle en littérature ne peut que réconforter après des années où la situation était plutôt morose, étant donné que les créations en provenance de la Péninsule semblaient plongées dans une crise irréversible. Surprendre lorsque tout semble perdu, est une habilité reconnue du genius italicus.
Pour la prochaine étape on parie sur le cinéma, domaine dans lequel justement on prévoyait ce " réveil culturel". On parle depuis des années de " nouveau cinéma italien " mais en toute honnêteté le résultat ne paraît pas du tout à la hauteur des attentes. Il est vrai que l'on voit de bons, et parfois même d'excellents, films. Malheureusement, cela reste épisodique. Cependant il ne faut pas désespérer. Comme pour la littérature, les surprises les plus agréables arrivent là où on les attend le moins.




 
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