Une série de meurtres secoue Brooklyn. Des jazzmen de la new thing, le free jazz, mouvance avant-gardiste du jazz, sont assassinés par un inconnu que tout le monde dans la communauté commence à appeler " Le Fils de Whiteman ". On est en 1967, l'Amérique est partagée entre d'un côté, la demande de plus en plus pressante du respect des droits des minorités et de l'autre, les bandes, groupes, organisations ultra réactionnaires pour la sauvegarde des valeurs traditionnelles du pays. La nouvelle musique fait confusion, casse les règles ancestrales de la mélodie, et cela s'ajoute au danger constitué par " les chevelus " avec leurs manifestations antipatriotiques contre la guerre au Vietnam. Il y a de quoi inquiéter la " middle " et " upper " class blanche américaine.
La tension entre les communautés est donc palpable. Les noirs ne croient plus en la justice d'un pays qui n'a jamais cessé de les stigmatiser. Ils croient même la police de mèche avec le meurtrier. Des crimes racistes couverts par les institutions blanches.
Réalisé sous forme d'interview polyphonique, ou mieux à la manière du free jazz, où plusieurs personnages, dont les discours ne sont pas forcement accordés, se donnent le relais, ce livre est un petit chef-d'œuvre. La forme atypique de la narration n'ôte rien au plaisir de la lecture. Quant aux acteurs, entre une journaliste philosophe et un latino schizophrène, c'est une galerie de personnages hilarants, touchants, drôles, originaux, sans jamais être nullement caricaturaux…
Mais New thing est aussi un long et soigneux travail d'archive sur l'histoire peu glorieuse des Etats-Unis de cette époque, avec des clins d'œil à la notre d'époque, pas très glorieuse non plus, avec les fichiers d'Hoover et le Cointelpro du FBI, les violences policières vis à vis des minorités, notamment de celles qui s'organisaient pour faire respecter les droits civiques, comme le Black Panther Party, les infiltrations et les meurtres commis par la police, la naissance du concept de racisme institutionnel et la vie mouvementée de Kwame Ture, alias Stokely Carmichael… Tout ça est en toile de fond mais très bien intégré à l'histoire. Ce qui contribue à rendre ce roman passionnant aussi une mine d'informations, pour la plupart méconnues du grand public.
Stefano Palombari
