Partenariat l'Italie à Paris / Théâtre des Quartiers d’Ivry
tarif préférentiel pour nos internautes *
Ce spectacle a pour origine la question suivante : «Et qu’aurait dit Pier Paolo Pasolini du monde d’aujourd’hui ?». On aurait bien aimé répondre avec les propres textes de Pasolini, en particulier avec des extraits de Contre la télévision et de Lettres luthériennes, mais l’autorisation de les utiliser, de les faire entendre, nous a été refusée par l’ayant droit . Il a donc fallu tout réécrire «dans l’esprit», «à la manière de». Un jeu de miroir et d’esquive. Se servir du faux pour servir le vrai. Finalement un oxymore, procédé dont Pasolini aimait faire usage.
C’est pourquoi le poète que l’on verra sur scène n’est pas une représentation de Pasolini et les textes donnés à entendre ne seront pas de lui. Il s’agit d’un poète fictif espagnol d’Andalousie nommé Pier Angel Socrates qui pourrait, aussi bien qu’à Pasolini, faire penser à Jean Genêt, Federico Garcia Lorca ou Mahmoud Darwich, ...
Un cinéaste d’aujourd’hui, Chad, rencontre, d’abord sur Internet, ensuite en chair et en os, un certain Pier Angel Socrates, homonyme d’un poète mort il y a trente ans. Entretien avec un fantôme ? Peu à peu, les protagonistes de l’interview entrent dans une quête : quête d’un sens à donner à la vie, quête de ce qu’est l’absolu de l’expérience artistique, de ce qu’est l’effort de création et l’utilisation de grilles d’interprétation particulières pour décrypter puis représenter la réalité, en dépit des filtres idéologiques dominants.
Elsa, la compagne de Chad s’interroge sur les intentions de cet individu qui se fait appeler Socrates : est-ce une réplique du vrai, le poète cinéaste assassiné dans les années 70 ? est-ce un imposteur ? un détraqué ? Il s’agit en fait d’une «présence» : la présence de Pier Angel Socrates et de son univers dans l’atmosphère d’aujourd’hui. L’influence de cette incarnation, de ce fantôme, va entraîner Chad, le jeune cinéaste, dans une dérive qui le coupera progressivement de ses attaches avec le quotidien, et l’entraînera dans une réalité autre, celle de la poésie et de l’art, un art composé d’analyse politique, d’une transfiguration du réel et d’une descente aux enfers conduite par la lucidité impitoyable du visionnaire. Comme Virgile accompagne Dante, Socrates accompagne Chad, et transmet sa vision, faite d’images, de pensées et de métaphores, sur les évènements de ce début de millénaire.
Il y a un avant et un après Pasolini. Pasolini, plus que tout autre, s’est intéressé avec une rare intensité à toutes les formes d’expressions artistiques et s’est adonné autant à la poésie qu’à la littérature, au cinéma, au théâtre, à la critique et à l’analyse politique. Il déclare aussi avoir une grande passion pour la peinture et la musique qu’il a utilisées de manière magistrale comme sources d’inspiration pour son oeuvre cinématographique.
Pasolini dont la vie et la mort furent tels des fragments d’une oeuvre d’art, est le modèle d’un artiste engagé - engagé corps et âme - jusqu’à en perdre la vie, dans les combats de la Cité. Pas un instant il ne cesse, à travers ses oeuvres et ses analyses, d’interroger la place de l’artiste dans le dispositif social et dans les luttes contre les injustices. Que ce soit dans ses films documentaires (Une Orestie africaine, Les Murs de Sanaa, La Rage, Enquête sur la sexualité, ...), dans ses essais théoriques, ou dans une pièce telle que Bête de Style qui montre l’implication d’un poète, Jan, aux prises avec les évènements politiques de son temps, on ne cesse de voir Pasolini lui-même faire oeuvre artistique et/ou philosophique de son observation de ces réalités. Et sans cesse il nous renvoie à cette nécessité de le faire à notre tour, car l’art, et en l’occurrence le théâtre, ne peut perdre de vue cette fonction qui lui est inhérente : être un miroir critique tout autant qu’un espace de partage des évènements de notre actualité, des évènements conjoncturels qui nous entourent, et de leurs rapports génériques avec la condition humaine.
Loin d’être un hommage à Pasolini – ce que sans doute il aurait détesté - ce spectacle, tout en interrogeant la radicalité douloureuse, parce qu’elle le confine à la solitude, autant que sulfureuse d’un poète, tente d’appréhender, de faire ressentir notre début de XXI° siècle à travers le regard dérangeant, contradictoire, insaisissable, souvent irritant parce qu’extrême et ambigu, d’un des grands esprits du siècle révolu.
Le théâtre doit-il être polémique ? Il semble que oui. Particulièrement à notre époque, où les produits de l’industrie culturelle visent à créer le grand consensus de la clientèle, le rassemblement du peuple des acheteurs, la communion de la masse des consommateurs. Il appartient à l’art de montrer le monde à travers la subjectivité de l’artiste, unique et, par conséquent, incompatible avec le marché, parce qu’irritante. Le poil-à-gratter ne peut être un produit de consommation courante.Et dans la mesure où le point de vue de l’artiste est unique, il n’est pas destiné - contrairement au discours politique, par exemple - à rassembler, à appeler l’adhésion des masses, mais plutôt, en le sortant tout à coup de l’anonymat de la foule, à éveiller le sens critique du spectateur, à s’adresser à sa subjectivité, son unicité, à susciter ses interrogations irréductibles à celles d’un autre, et à déterminer sa propre position d’individu face à l’oeuvre ou face aux opinions de l’artiste.
Le théâtre, de ce fait, se trouve toujours en crise, n’ayant d’autre alternative que d’être polémique ou conservateur. Polémique, il prend le risque (existentiellement anxiogène) de faire fuir les spectateurs; conservateur, il prend le risque (idéologiquement criminel) de les rassembler aveuglément et de se transformer lui-même en produit de consommation.
La métaphore est souvent utilisée par les dramaturges comme solution intermédiaire. Nous l’utiliserons, nous aussi, bien sûr, dans ce spectacle. Nous profiterons par exemple du fait que notre poète inventé, Socrates, soit andalou pour évoquer le monde des gitans, peuple de la marginalité au mode de vie incompatible avec le modèle de la mondialisation économiste. Nous évoquerons la culture méditerranéenne faite de métissages, paradigme d’enrichissement mutuel - et non de choc - des civilisations, qui a produit le flamenco et le concept de duende, envoûtement sans lequel il n’y a pas d’inspiration et par conséquent pas de création artistique. Nous évoquerons aussi le dialogue imaginaire, fantastique, entre les vivants et le morts.
Mais lorsque la situation sociale est aux frontières de l’explosion, comme elle l’est aujourd’hui en France et dans le monde, il est bon aussi que certains spectacles - ne disons pas tous - posent, quittes à passer pour polémiques, des questions claires, explicites qui provoquent les spectateurs, et, les provoquant, suscitent leur envie de discuter, de débattre, d’affirmer des positions.
C’est un des enjeux de ce spectacle. Produire du discours et fonder la scène comme espace où s’affrontent les idées et, au-delà, les idéologies.
Guy Scarpetta - romancier, essayiste et critique littéraire au Monde diplomatique -
parlera des engagements politiques de Pier Paolo Pasolini à travers ses écrits et ses films.
Victor de la Fuente - directeur du Monde diplomatique Chili - évoquera la place de l'art
et de la culture dans les mouvements de gauche en Amérique latine
avec Adel Hakim et l'équipe artistique du spectacle
Samedi 3 mars - 18h - Studio Casanova
69 avenue Danielle Casanova 94200 Ivry - M° Mairie d'Ivry
Entrée libre - réservations 01 43 90 11 11
avec Gunter Gorhan, juriste, Edith Perstunski-Deléage, professeur de philosophie, Héloïse Lhérété, journaliste et Jean-Vincent Holeindre, étudiant et Adel Hakim
Vendredi 16 mars au café le Picardie - 19h30 repas - 21 h débat.
1 rue Pierre Brossolette (Place Danton) 94200 Ivry - M° Mairie d'Ivry
repas 10 euros par personne - réservations 01 46 72 19 77
avec : Bertrand Lervergeois écrivain et traducteur,
Hervé Joubert-Laurencin maître de conférence à Paris 7, traducteur de Pasolini et Adel Hakim
Lundi 19 mars - 18h30 - Centre Culturel Italien
* tarif préférentiel 9 € pour nos internautes
pour obtenir la réduction:
Réservez au 01 43 90 11 11 (ou à reservations@theatre-quartiers-ivry.com) en citant l'Italie à Paris
Présentez à la caisse ce
justificatif imprimé
texte et mise en scène :
Adel Hakim
séquences filmées
Chad Chenouga
décor et lumière
Yves Collet
costumes
Dominique Rocher
son
Yann Le Hérissé
maquillages
Nathy Polak
assistante à la mise en scène
Louise Loubrieu
avec :
Chad Chenouga,
Malik Faraoun,
Louise Lemoine Torrès,
et les apparitions de,
Agnès Proust,
Jean-Charles Delaume,
Thomas Germaine
production Théâtre des Quartiers d’Ivry
mentions legales

