mise à jour : 20-05-2008 11:47:20
pour imprimer imprimez la page
pour envoyer envoyez la page
actualités italiennes

Livres italiens

Pier Paolo Pasolini | Entretiens avec Jean Duflot

Pier Paolo Pasolini | Entretiens avec Jean Duflot



Éditions Gutenberg
Parution : 17 janvier 2007

achetez avec réduction sur Fnac.com

fiche livre




L'Irrécupérable

Pier Paolo Pasolini (1922-1975) est un artiste comme on n'en fait plus : intellectuel, metteur en scène, poète, engagé, enragé, inachetable. " Je me suis toujours conduit le plus mal possible, c'est-à-dire comme je voulais. " Un irrécupérable qui n'a peur d'aucun " -isme " : le fascisme et le conformisme en prennent pour leur grade, le catholicisme et le marxisme peuvent devenir sources d'inspiration… Par-dessus-tout, un partisan de la liberté en quête de " l'esprit du sacré ".

C'est cette quête de sens et de transcendance, dans un monde de plus en plus absurde et terre-à-terre, que ces entretiens restituent avec une singulière clarté. Un " duel en tire-bouchon ", où l'artiste détricote les idées reçues qui font l'étoffe de nos certitudes, et nous réapprend à douter, à aimer, mais aussi à haïr : " Je nourris une haine viscérale, profonde, irréductible, contre la bourgeoisie, contre sa suffisance, sa vulgarité ; une haine mythique, ou, si vous préférez, religieuse. "

Haine de la domination bourgeoise, de son moralisme, de son paternalisme, de sa technophilie, de ses industries uniformisantes et de ses institutions. Pour sortir de la pensée unique et du fascisme rampant qui restreint le champ des possibles, pour " éduquer, désaliéner l'amour ", Pasolini brandit la vraie culture. C'est sa plus forte leçon. Il met ainsi en garde la jeunesse d'après-68 contre la tendance à descendre dans la rue sans se munir de l'arme culturelle. Car toute rébellion authentique est création. Une résistance qui n'est que mots ou qu'action, sans forces spirituelles qui la sous-tendent, sans poésie innervant les âmes, succombera toujours à la récupération et servira en définitive la machine à uniformiser qu'elle prétendait combattre : " En paroles, oui, la jeunesse refuse en effet cette standardisation de l'homme. Mais, en substance, dès lors que les jeunes contestataires abandonnent la culture, pour opter pour l'action et l'utilitarisme, ils se résignent à la situation où le système s'emploie à les insérer. C'est là le problème : ils utilisent contre le néo-capitalisme des armes qui portent en réalité sa marque de fabrique et qui ne sont destinées qu'à renforcer sa propre hégémonie. Ils croient briser le cercle et ne font que le renforcer. "

Au cours de ces entretiens avec le journaliste Jean Duflot, Pasolini, délivre un message enthousiasmant d'appel à la lutte artistique, message qui contraste absolument avec l'anémie intellectuelle dans laquelle les " artistes " médiatiques d'aujourd'hui semblent plongés, pour notre plus grand désarroi. Réfléchissant avec profondeur sur des thèmes variés, on sent que le cinéaste s'est nourri de la pensée subversive des années 1960-1970, celle de Gramsci, de Marcuse, et de William Reich : " En définitive, toutes les sociétés sont répressives dans le domaine de la sexualité. Le principe rationnel qui fonde cette répression est élémentaire : l'énergie qu'un jeune dépense à faire l'amour est perdue pour la société. "

Des perspectives qui éclairent l'œuvre de Pasolini, bien sûr, mais qui donnent surtout aux nouvelles générations de " corsaires ", de pacifistes et d'antilibéraux une source d'inspiration féconde, sans angélisme et pleine de convictions. " Faute de racines réelles dans l'histoire, nous sommes frères en désillusion… "

Vincent Cespedes


Le Mot de l'éditeur

Aujourd’hui comme naguère, le nom de Pasolini est entouré d’un halo de lumière. Loué comme écrivain, acclamé comme metteur en scène dans le monde entier, sa mort, aussi soudaine que dramatique sur une plage près de Rome, a parachevé une oeuvre qui n’en finit pas de se révéler, tout en conservant sa part d’ombre. C’est bien malgré lui que Pasolini a mené son combat contre une démocratie chrétienne qui n’avait de cesse de le jeter aux fauves de l’opinion, et qui, à Rome, se faisait la main sur les parias de l’ordre social et moral.

Pier Paolo Pasolini se méfiait de la presse et détestait donner des interviews. Mis en confiance par Jean Duflot, il accepta le principe de ces entretiens comme pour rejeter ce « temps des assassins ». Il s’y explique, ou, plutôt, tente de s’expliquer sur le sens de cette oeuvre, sur sa démarche. On y retrouve les thématiques qui lui étaient si chères : l’analyse de la violence, sa quête incessante de vérité, son rapport à la religion et au marxisme. Bien entendu, la condamnation du fascisme et de la société de consommation y sont présentes à chaque page. Pasolini y opposait l’alternative de la reprise poétique de l’individu pour réenchanter l’existence, celle d’une esthétique de vie émancipée des peurs et des tabous de l’ordre dominant.

Esquisse d’un portrait possible de l’homme que ses détracteurs désignaient comme un poète voyou, cette série d’entretiens (1969-1975) - en particulier ceux tenus quelques mois avant sa disparition - constitue le testament spirituel et politique de Pasolini. Il s’agit là de la réédition d’un texte historique, inaccessible aux lecteurs depuis près de 25 ans.


Jean Duflot
Journaliste et écrivain, Jean Duflot a collaboré en France, en Algérie et en Italie à Communita, l’Espresso, Jeune Afrique, Révolution Africaine, Politique hebdo, Temps Modernes… Outre les entretiens avec Pasolini, et ceux très remarqués avec Moravia, il a publié une quinzaine d’ouvrages.

Autres informations
Biographie de Pier Paolo Pasolini
Au Théâtre : Après Pasolini : politiques-visions d'Adel Hakim

Fiche livre

Entretiens avec Jean Duflot

Auteur : Pier Paolo Pasolini
Éditeur : Gutenberg
Nombre de pages : 264
ISBN : 978-2-35236-008-7
Prix : 19,95 €
Parution : janvier 2007

achetez avec réduction sur Fnac.com





 
© L'Italie à Paris 2003 - 2008