art et artisanat

Publié le lundi, 27 juin 2016 à 11h32

Nicola Lo Calzo et Roberto Salomone au Festival de photographie "Allers-Retours"

Par Karima Romdane

Roberto Salomone - couverture

Le musée départemental Albert-Kahn conserve les Archives de la Planète, corpus d'images fixes et animées, constitué entre 1909 et 1931 et consacré à la diversité des peuples et des cultures. Cherchant à tisser des liens entre le fonds historique et les réalités contemporaines, le musée a lancé, en 2012, le festival de photographie contemporaine Allers-Retours qui, répond à la volonté de montrer dans quelle mesure l'image reste un outil d'investigation pertinent pour comprendre le monde d'aujourd'hui.

Dans la perspective d’une relecture des Archives de la Planète, profondément inscrites dans une époque avec ses préoccupations et ses utopies, il s’agit ici de reconsidérer la photographie à travers le prisme du monde contemporain, de sa dynamique, de sa diversité. Ce parti-pris permet de réinterroger les frontières entre regard documentaire et artistique ainsi que la place de l’image dans les sciences humaines.

En 2016, la 4e édition du festival propose de plonger au cœur des traditions, chants, danses, rituels, savoir-faire, recettes… Ces pratiques, héritées du passé, mais encore bien vivantes, constituent ce que l’UNESCO appelle le Patrimoine culturel immatériel. Ce label met en avant le regard des acteurs sur leurs propres pratiques et leur donne un rôle central dans le processus de protection. A l’heure des dix ans de la ratification par la France de la Convention pour la sauvegarde de ce patrimoine si particulier, le musée départemental Albert-Kahn propose d’en montrer la richesse et la diversité.

L’exposition « Sortez des clichés ! Regard sur des patrimoines vivants » présente le travail de six photographes sur cette question. Son ambition n’est pas d’être exhaustive mais de proposer un certain nombre de points de vue, permettant de rompre avec une vision folkloriste et promotionnelle sur ces traditions, montrant comment elles sont transmises, actualisées, revitalisées à chaque génération. Il s’agit avant tout de l’expression d’un regard photographique sur des pratiques vivantes, avec tout ce que cela comporte de parti-pris et de subjectivité, permettant une rencontre originale et inédite entre les musées et les communautés. Les musées de société revendiquent, dès l’origine, un engagement citoyen dans la conservation et la valorisation du patrimoine en lien avec les habitants. La notion de Patrimoine culturel immatériel leur est donc très familière. Le choix des sujets a été guidé par des rencontres avec des institutions impliquées dans la valorisation de ces patrimoines vivants.

Pour chacune de ses pratiques, les reportages présentent différents temps et différents lieux, permettant de suggérer leur richesse et leur complexité. Ils mettent ainsi en exergue les rôles identitaires, festifs, sociaux et économiques, mais aussi la transmission des savoir-faire et savoir-être.

Nicola Lo Calzo s’est intéressé au processus de reconstruction de la mémoire de l’esclavage en Guadeloupe, en marge du carnaval. Cette fête, symbole de la résistance des esclaves, fut longtemps édulcorée. Aujourd’hui, le groupe Voukoum, au cœur de ce reportage, met en scène un élément particulier du carnaval : les masques. Dans une stratégie identitaire contestataire et frondeuse, l’enjeu, pour les protagonistes, est de produire en la réinventant, une histoire locale autour de figures héroïques de la résistance.

Deux reportages, réalisés à 20 ans d’intervalle par Alain Volut et Roberto Salomone, racontent la procession du Vendredi Saint sur l’île de Procida. Cette comparaison permet de mettre en relief les permanences, mais surtout les évolutions, montrant qu’il s’agit d’un patrimoine vivant, réinterprété et réadapté selon les enjeux de chaque époque. Entre profane et sacré, ce théâtre au cœur de la vie collective des habitants de l'île, s’élargit progressivement à de nouveaux protagonistes mêlant touristes et photographes.

Pour en savoir plus : Festival Allers-retours

Informations pratiques
  • Albert Khan, musée et jardin départementaux
  • 10-14, rue du Port 92100 Boulogne-Billancourtrt (M° Boulogne - Pont de Saint-Cloud). Entrée (en période d'exposition dans la galerie) : 4 € (plein tarif) / 2,50 € (demi-tarif) Gratuit pour tous les visiteurs le premier dimanche du mois et pour les moins de 12 ans.
  • Du 21 juin au 2 octobre 2016