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Publié le dimanche, 30 juillet 2017 à 10h34

Les Enfants de Venise roman de Luca Di Fulvio

Par Riccardo Borghesi

Les Enfants de Venise - couverture

À seulement un an du succès remarquable de « Le gang des rêves », Di Fulvio nous livre une autre œuvre monumentale qui sort en France toujours chez Slatkine & Cie, dans la belle traduction de Françoise Brun.

Les deux livres, bien que situés dans des périodes historiques très lointaines, se ressemblent profondément. On pourrait presque dire qu'ils sont le même livre, transposé dans le temps : la Venise de la Renaissance remplace le New York de la prohibition; les Afro-américains de Harlem sont remplacés par les Juifs du Ghetto; l'amour impossible entre un jeune immigrant italien et une jeune Wasp de bonne famille est ici revisité dans celui entre un jeune chrétien et une jeune juive; et ainsi de suite. Les similitudes sont si nombreuses qu'il est difficile de parler seulement de "thèmes chers à l'auteur", mais il semble qu’on soit confronté à une véritable réécriture.

Cela dit, il ne faut pas penser que ce soit une œuvre de moindre qualité que la précédente. Bien-que l'auteur semble assumer la forme du roman populaire, fait de rebondissements continus, de randioses scènes cinématographiques, de grands sentiments et d'innombrables personnages, "les enfants de Venise" est aussi un roman solide et cultivé. L'auteur a la capacité de faire revivre la Renaissance dans son essence contradictoire : considérée par la plupart comme l’âge d’or, ce fut bien-sûr une période de véritable renouveau pour les arts, mais également une période très violente, traversée par les guerres et les fléaux, socialement injuste et politiquement instable, peut-être autant si non plus que le Moyen Âge.

Parmi les nombreuses histoires il nous raconte par exemple comment le premier ghetto juif est né, et nous fait revivre l'absurdité et le naturel violent avec lequel il a été mis en pratique ; ou bien quelle était l'approche pour traiter les maladies infectieuses à un moment où l'idée de la méthode scientifique était encore loin de s’affirmer.

Les histoires évoluent en un imaginaire caravagesque, fait d'escrocs, de soldats, de brigands et de prostituées : parmi la cohorte de beaux personnages qui resteront dans la mémoire du lecteur, on dénombre entre-autres, le capitaine de la Serenissima ami des Juifs, l’escroc reconverti en médecin des prostituées, le religieux ennemi juré des Juifs, ou le bandit fortement lié au pouvoir, presqu’un mafieux ante-litteram. Chacun d'eux, comme d’habitude pour Di Fulvio, si abject et dégoûtant qu’il soit, finit par exprimer une partie d'humanité qui en empêche la condamnation sans appel.

Dans le final, que je ne vous révèlerai pas ici, le navire quittant en catastrophe la jetée de Venise pour se perdre dans les brumes de la lagune, toutes voiles dehors vers le Nouveau Monde, semble déposer une semence qui germera, des siècles plus tard, dans l'histoire racontée par « Le gang des rêves ».

Informations pratiques

Les Enfants de Venise de Luca Di Fulvio, Slatkine & Cie, 23 €
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