mise à jour : 06-08-2009 10:43:22
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Le Caïman

Le Caïman (Il Caimano)

film de Nanni Moretti

avec Margherita Buy, Silvio Orlando, Michele Placido, Paolo Sorrentino, Jasmine Trinca
Sortie le 22 mai 2006

Partenariat entre BAC Films et l'Italie à Paris :
jeu-concours (Terminé)




Bruno, producteur de séries Z, traverse une période particulièrement difficile: il est sur le point de se séparer de sa femme et sa maison de production est au bord de la faillite. C’est presque par accident qu'il se retrouve en charge du projet de Teresa : un film, le Caïman, montrant Berlusconi sous son vrai jour.
C’est avec humour et finesse que Moretti aborde la politique tout en dressant le portrait d’un homme qui traverse une crise professionnelle et conjugale.
Nanni Moretti
Né le 19 Août 1953 à Brunico (Italie), Nanni Moretti débute une carrière de scénariste, réalisateur et acteur avec des courts et moyens métrages. En 1976, il réalise son premier long métrage, Je suis un autarcique (Io sono un autarchico). On peut déjà y voir le militantisme de l'artiste, très engagé à gauche.
Ecce bombo, en 1978, montre le quotidien d'un étudiant découvrant l'amour et la politique. Le film séduit et se trouve en sélection officielle au festival de Cannes. Plusieurs de ses films reprennent alors le personnage de Michele que Moretti joue lui-même.
Pendant les 15 ans qui suivent Nanni Moretti conquiert un public croissant en Italie, avant de gagner une renommée internationale avec Journal Intime (Caro Diario) en 1993 et La Chambre du Fils (La Stanza del Figlio), Palme d’Or à Cannes en 2001.
Les élections législatives
Le film est sorti en Italie (dans plus de 400 salles) en pleine campagne électorale pour les législatives (9 et 10 avril derniers), au moment où les italiens devaient choisir ou non de renouveler leur confiance dans le gouvernement de Silvio Berlusconi, ou opter pour celui de Romano Prodi son adversaire.
Le film a été quasiment ignoré par Berlusconi qui avait déclaré n'avoir "absolument pas" l'intention de le voir, tandis que son adversaire espérait qu'il serait "utile et ne cause[rait] pas de dommages dans la campagne électorale"
Candidatures et récompenses
14 nominations aux David DI DONATELLO 2006 et 6 récompenses: meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur producteur (Angelo Barbagallo), meilleur premier rôle masculin (Silvio Orlando), meilleure musique (Franco Piersanti), meilleure prise de son (Alessandro Zanon).
Compétition officielle au Festival de Cannes pour la Palme d'Or.
Notre critique
Difficile d'établir le genre du dernier film de Nanni Moretti: comédie sentimentale ou satire politique ? Le réalisateur mêle ou plutôt emmêle le fil de vie du protagoniste, un tendre et maladroit Peter Pan occupé à lutter contre ses échecs, à une satire au cinéma engagé avec une auto-ironie désarmante et quelquefois géniale.
Ce n'est pas un chef d'œuvre du cinéma italien et il décevra le spectateur qui s'attend à voir un documentaire sur les dernières années de l'histoire d'Italie ou plutôt sur "l'Italietta" (L'Italie d'opérette) livrée à elle même sous les yeux incrédules et choqués d'une Europe qui marche, qui fonce.
La première partie est lente, elle ne nous porte pas au coeur du film qui devrait être une attaque évidente de l'ère Berlusconi, mais qui nous révèle le portait de Bruno, un homme que tout le monde a abandonné, un père unique en son genre qui, avec la fantaisie créatrice de l'artiste, essaye de sauver sa vie privée qui est en train de se désagréger comme le reste.
Les interprétations de Silvio Orlando et de Michele Placido sont excellentes, Margherita Buy est auto ironique et moins dramatique que d'habitude. Par contre Jasmine Trinca, elle, est moins convaincante et peu à l'aise dans le rôle de Teresa, la scénariste qui oscille entre indécisions privées et professionnelles.
Le spectateur est continuellement ballotté entre la tentative de son auteur de faire une campagne électorale en faveur de la gauche (En Italie le film est sorti avant les élections politiques et Moretti était engagé politiquement) et la touchante histoire humaine qui sauve le film de la médiocrité. S'il y avait pensé quinze ans plus tôt peut être que nous aurions assisté à une œuvre révélatrice pour sauver l'Italie des Italiens, mais là n'est pas le but du metteur en scène.
Je me demande : était-il vraiment nécessaire de faire un film qui montre L'Italie de laquelle toute l'Europe rit déjà, pleine de corruption, de peur, de médiocrité qui censure et un peu bigote, facile à tromper et à apprivoiser avec des émissions superficielles qui sont un défilé de "fesses et nichons" ?
La dernière partie du film est plus intéressante car elle présente le côté humain du "dictateur" qui a mis en genoux la nation et qui est enfin battu par la justice. Moretti, en incarnant lui-même Berlusconi au procès, fait son propre jugement en soulignant sa paternité du film si toutefois le besoin s'en ressentait.

Paola Brandi (© L'Italie à Paris - 2006)


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