A l'heure du bilan, on peut dire que le premier Festival du cinéma italien à l'Espace Pierre Cardin a sinon tenu toutes ses promesses, du moins permis de faire quelques découvertes enthousiasmantes aux cinéphiles parisiens.
Parmi les six films en compétition, L'Aria salata d'Alessandro Angelini (Prix du meilleur acteur pour l'excellent Giorgio Pasotti) mérite d'être salué pour son originalité, son intensité dramatique et la complexité de son propos. Racontant l'histoire d'un éducateur et de son père prisonnier qu'il retrouve pour la première fois depuis l'enfance, le premier long-métrage d'Angelini échappe à tous les pièges où son sujet aurait pu l'entraîner, pour livrer une réflexion subtile sur les faiblesses et la culpabilité de chacun. Espérons que ce film remarquable trouvera son distributeur français. On fait le même vœu pour le court-métrage d'animation primé, Solo duets de Joseph Feltus, un vrai chef-d'œuvre alliant le raffinement intellectuel à une inventivité plastique sans précédent dans le cinéma d'animation actuel.
Come l'ombra de Marina Spada (Prix de la meilleure actrice pour Anita Kravos) n'est pas dépourvu de qualités malgré l'aspect assez artificiel des références à Antonioni qui le parsèment. La manière dont il traite de la solitude urbaine en contournant les lieux communs du thème de l'immigration le rend nettement plus intéressant que Billo, le grand Dakhaar de Laura Muscardin (Prix du meilleur long-métrage), un film certes plein de bonnes intentions mais manquant d'ambition artistique comme de profondeur. Rosso come il cielo de Cristiano Bortone, qui évoque le problème du handicap, a ému les spectateurs et pourrait séduire le grand public français. Quant à Ma che ci faccio qui ? et à La Notte prima degli esami, on s'étonne qu'ils aient été sélectionnés : ces " films de jeunes " tissés de clichés et dont la mise en scène relève du niveau du téléfilm moyen sont propres à servir d'exemples aux critiques qui se plaisent à répéter que le cinéma transalpin n'est plus ce qu'il était.
En revanche, parmi les films des " Nouveaux maîtres ", L'amico di famiglia de Paolo Sorrentino est venu à point pour confirmer le regain d'inventivité et de brio de l'Italie cinématographique. Sa perfection formelle, son propos féroce et drôle porté par une mise en scène au style reconnaissable entre tous, justifient pleinement de titre de " maître " attribué à son jeune réalisateur. Par comparaison, La Sconosciuta de Tornatore apparaît comme un film à suspense aux effets prévisibles, et qui imite trop manifestement les procédés des thrillers à succès hollywoodiens. Son plus grand avantage tient au brio de ses acteurs, dont Michele Placido dans un contre-emploi où il prouve qu'il vaut tous les De Niro et Pacino.
L'hommage à Antonioni nous a permis d'admirer les superbes photos inédites de Vittor Ugo Contino, prises sur le tournage de L'Eclipse, et de vivre une soirée inoubliable en compagnie de Jeanne Moreau et de Giorgio Gaslini, musicien virtuose doublé d'un conteur hors pair. On regrette que la rétrospective ait été programmée de façon à obliger le public de choisir entre certaines œuvres du grand cinéaste et les films en compétition - mais soyons indulgents, ce Festival était un début, celui de l'année prochaine nous donnera sans doute encore plus de satisfactions.

