mise à jour : 20-05-2008 11:46:35
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actualités italiennes

Livres

Antonioni par Tassone

Deux livres sur deux cinéastes italiens : Fellini et Antonioni

Flammarion Parution : avril 2007

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Ouvrages vibrants et nourriciers

Deux livres italiens sur deux cinéastes italiens. Federico Fellini qui se la raconte (sa vie) ; Michelangelo Antonioni qui se la fait raconter. Deux ouvrages vibrants et nourriciers.
L'entretien avec un Fellini sexagénaire commence sur les chapeaux de roues, sans blabla introductif, directement dans la chair de l'artiste. Il nous livre sa philosophie intime, à rebours de nombreux préjugés. Sur sa vieillesse (" Plus je vieillis et plus je crois que je n'ai guère besoin de comprendre "), sur ses peurs (" J'aime avoir peur, c'est un sentiment de gourmandise, qui procure un plaisir subtil "), sur la guerre (" La guerre semblait une fête depuis longtemps promise et qui avait enfin lieu "), sur le cinéma (" Le cinéma est une manière divine de raconter la vie, de concurrencer Dieu le Père ! ". Ému par l'innocence et par une certaine mysticité, méprisant le sport, l'argent, les mondanités, la politique, et les conférences de presse, Fellini marche aux sentiments, à la subtile communication de la beauté, de la bonté, de l'intelligence. Il croit en la lumière, " le premier des effets spéciaux ". Il préfère Jung à Freud pour son respect du " mystère de la vie " et la fonction qu'il assigne au symbole, " d'exprimer l'inexprimable ". Tout en avouant constamment ses propres limites - le propre des Grands -, il parle avec une naïveté touchante de l'Église catholique, se fait partisan de la non-violence et de la transgression artistique, et résume sa morale d'auteur en quelques mots : " éviter l'à-peu-près ". Les réponses de Fellini fusent, force-ressort des souvenirs à fleur de peau. Lorsqu'on parle amitié, il évoque aussitôt Marcello Mastroianni, " une vraie, une belle amitié, fondée sur un salubre manque de confiance réciproque. " Lorsqu'on évoque la Dolce Vita, il parle aussitôt d'Anita Ekberg - ex-miss Suède 1950 à la " santé de squale ". " Je l'avais vue la première fois dans une photo en pleine page d'une revue américaine : la puissante et magnifique panthère jouait les petites filles espiègles, à califourchon sur une rampe d'escalier. « Mon Dieu - me suis-je dit aussitôt - faites que je ne la rencontre jamais ! » " Panorama d'une rare ampleur sur une société et une génération, La Dolce Vita parvient aussi à être un film sur le couple. Marcello, par son mode de vie, tente de conquérir de nombreux cœurs tandis que sa fiancée se morfond. Quelle place, dans un tel monde, pour l'amour exclusiviste ? Les interrogations de Fellini rejoignent celles que se pose Antonioni dans L'Éclipse et La Nuit, entre autres. Antonioni, dont Fellini " admire le rapport sévère et chaste qu'il établit avec le cinéma : un moine homme de science. "
Fellini par Fellini Si le plaisir d'entendre Fellini en chair et en mots est immédiat, celui de parcourir le " kaléidoscope " Antonioni, habilement mis en couleur par Aldo Tassone, semblerait a priori moins vif, parce que plus historique, universitaire, distant. Il n'en est rien : on sort de ces quatre-cent pages tout imbibé de vraie culture, celle qui vivifie l'âme et invente des perspectives. Belle découverte : l'Antonioni critique de cinéma, voire philosophe. Dès 1937, il fustige les " productions de mauvais goût " fabriquées aux États-Unis : " Il est inconcevable que l'on puisse encore tourner des scénarios si banals et si conventionnels, fondés sur des thèmes rabâchés […] selon les bonnes règles d'une rhétorique boutiquière. " Soixante-dix ans plus tad, sa dénonciation de la " brutalité exhibitionniste " fait singulièrement écho : " On peut se demander si un tel déploiement, un tel branle-bas de combat n'est pas dû à une mise en scène diabolique plutôt qu'à un pieux désir d'atténuer la douleur. " Aldo Tassone montre un réel talent pour restituer de façon délicieusement narrative et vivante la filmographie d'Antonioni, de ses documentaires (1943-1950) au Périlleux enchaînement des choses (2004), en passant par ses films charnières au pessimisme lucide, Le Cri et L'Avventura, qui dépeignent les tourments de l'obsession passionnelle. Des univers s'ouvrent et nous absorbent, commentés par Antonioni. " On ignore ce qu'il y a derrière une image " dit-il à propos de Blow up (1966), conte philosophique sur " l'abstraction de l'apparence ". De même, on ignore ce qu'il y a derrière l'amour - que Tchekov voyait comme un " reliquat de ce quelque chose qui fut immense et qui a dégénéré ". Antonioni a voulu nous en donner voir. Son art, toute en tensions intérieures et en lentes catastrophes, nous fait éprouver le caractère éphémère des sentiments, la douloureuse précarité du bonheur.

Vincent Cespedes

Fiche livres

Fellini par Fellini

Auteur : entretiens avec Giovanni Grazzini
Éditeur : Flammarion
Collection : Champs Contre-Champs
Pages : 185
ISBN : 978-2081202993
Prix : 8,50 €
Parution : avril 2007

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Antonioni

Auteur : Aldo Tassone
Éditeur : Flammarion
Collection : Champs Contre-Champs
Pages : 447
ISBN : 978-2081203013
Prix : 10,50 €
Parution : avril 2007

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