mise à jour : 20-05-2008 11:46:30
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Actualités italiennes

Théâtre

Questo buio feroce

Questo buio feroce (Cette obscurité féroce), de Pippo Delbono

Au Théâtre du Rond-Point, du 9 janvier au 2 février 2008 - Tarif préférentiel pour nos internautes *
Spectacle en italien surtitré. Idée et mise en scène Pippo Delbono; avec Dolly Albertin, Gianluca Ballaré, Raffaella Banchelli, Bobò, Margherita Clemente, Pippo Delbono, Lucia Della Ferrera, Ilaria Distante, Gustavo Giacosa, Mario Intruglio Simone Goggiano, Nelson Larricia, Pepe Robledo, Gianni Parenti. Scénographie Claude Santerre, création lumières Robert John Restinghini, lumières Fabio Sajiz, son Angelo Colonna, directeur technique Sergio Taddei, habilleuse Carla Taddei, organisation Christian Leblanc et Emilia Romagna Teatro Fondazione.
Ce n'est pas pour des questions de mode, mais parce que les temps changent que nous devons pratiquer un art différent.
À l'origine de cette nouvelle création de Pippo Delbono, il y a un livre du romancier américain mort du sida Harold Brodkey, Cette obscurité féroce, découvert par hasard lors d'un séjour en Birmanie. Avec beaucoup de douceur, de délicatesse et de grâce, c'est à une méditation apaisée, jamais triste, sur la mort que nous convie ce spectacle. Pippo Delbono y convoque des images de carnaval, un défilé de masques, des costumes chatoyants qui passent comme des ombres lumineuses, évoquant l'éclat éphémère d'un ballet de lucioles, flottement hypnotique où mort et vie se tiendraient par la main. On pense à Goya, à James Ensor, à Venise car plus encore que dans ses oeuvres précédentes, Pippo Delbono joue ici beaucoup sur l'aspect pictural. Les yeux grand ouverts sur la condition humaine, la maladie, la souffrance, la mort, il donne là un spectacle vibrant et puissant.

Note d'intention. Une chambre blanche. Vide. Une boîte sans fenêtres. Coups de lumière qui arrivent d’en haut. Les pulsations d’un coeur qui bat fort, toujours plus fort. Et puis disparaît. Des êtres humains qui ne se connaissent pas entre eux. Des aliens. D’un temps futur et d’un temps passé. Élégants. Avec des costumes antiques et des costumes à la mode. Le visage blanc.
Ils reproduisent des jeux. Des jeux d’adultes. Sadiques. Violents. Crus. « Salò » le film sacré de Pasolini sur la bestialité de l’être humain. Cette féroce obscurité. Des êtres humains. Égares. Isolés entre eux. Qui se cherchent. Se retrouvent. Se perdent. Encore. « Chacun trace autour de soi un cercle magique et laisse dehors tout ce qui ne s’adapte pas à ses jeux secrets. »
Des Êtres Humains. Qui crient. Qui pleurent. Comme des enfants. Inconscients. Perdus. Un jeu qui s’étend vers ceux qui les regardent de la salle. L’espace qui les sépare d’eux disparaît. Le cercle magique s’étend. Et puis se renferme à nouveau. Comme une pierre jetée dans un étang. Qui forme d’autres cercles. Des cercles qui se multiplient, se superposent, reviennent, disparaissent. Comme les notes d’une musique qui se répètent, identiques et différentes. Un poumon vivant sous l’eau apparemment immobile. Qui bat. La pierre sur le coeur. Les battements du coeur sous la pierre. Une brèche féroce de lumière comme les traits de lumière dans les visages dramatiques de Caravaggio. Je veux des gens qui pourchassent la lumière avec moi.
C’est une explosion. Un concert rock. Une catharsis. Une révolte. Casser les murs comme un cri qui déchire la toile comme dans les peintures de Frida Kahlo la peintre mexicaine qui dessinait sa chair blessée. Ou les corps obèses des torturés des peintures de Botero le peintre colombien. Lacérés. D’un pays en guerre depuis des années, beaucoup d’années. Depuis toujours. Et les fleurs qui poussent encore de cette chair. Morte. « Pour une minute de vie, pour une minute, voir dans le cerveau des petites fleurs. » Les fleurs rouges, toujours plus de fleurs, toujours plus de blessures. Lumière toujours plus de lumière malgré l’obscurité. « Voir des petites fleurs qui dansent comme des mots dans la bouche d’un muet. » Encore, encore je veux écrire l’amour. Pippo Delbono

Entretien avec Pippo Delbono

Dans Cette obscurité féroce plus encore que dans vos autres spectacles, vous parlez de la mort. Mais ce qui relève du tragique de la condition humaine vous l’envisagez ici presque avec sérénité ?
Oui ce thème de la mort est dans tous mes spectacles, mais le plus difficile c’est de trouver le courage d’affronter directement un tel thème. L’inspiration est venue de ce livre d’Harold Brodkey, le grand romancier américain mort du sida, que j’avais trouvé lors d’un voyage en Birmanie. Mais mon histoire est différente de celle de Brodkey. Il y a toujours une part d’autobiographie dans mes spectacles, mais il est important que cela parle des autres. Brodkey n’était pas croyant, il n’avait aucune religion. À partir de son livre et de son histoire j’ai créé un poème qui dit comment cet homme arrive à retrouver l’harmonie et la paix sans la moindre référence religieuse. Sans jamais parler de Dieu.

Au début du spectacle, un acteur apparaît sur scène. Il est presque entièrement nu, mais il porte un masque. Que signifie ce masque ?
C’est un masque africain. Cette histoire est née en Birmanie, pays qui vit sous une dictature extrêmement perverse, mais en même temps je parle du sida. Ce masque est une façon de dire que le sida est une maladie qui fait des ravages en Afrique où des milliers de personnes sont en train de mourir alors qu’il y a des médicaments qui existent, mais que pour des raisons économiques liées à des multinationales qui possèdent les brevets de ces médicaments, ces gens n’y ont pas droit. Ce qui est un énorme scandale dont pourtant on ne parle jamais. Mais le masque c’est aussi le carnaval qui est très présent dans le spectacle parce que le carnaval, c’est aussi quelque chose qui a à voir avec la mort. Enfin, le masque, c’est la morale et aussi l’hypocrisie de la société. Mais en vérité quand je crée un spectacle, je ne travaille pas sur le sens, mais plutôt de façon intuitive et extrêmement précise sur le rythme.

À l’arrivée, c’est à la fois un voyage et un poème qui frappe par sa lucidité et sa légèreté qui surprend s’agissant d’un sujet aussi grave…
Je me sens juste quand j’aborde la question de cette façon. Tu as fait un parcours et tu dois en parler, ça te nourrit. Quand un de tes proches va mourir, tu vas transformer cette mort en une différente forme de vie. C’est tragique, mais c’est aussi quelque chose qu’il faut accepter ; l’occasion de commencer un voyage de vie différent. C’est pour cela que ce n’est pas triste. Ce sont des moments de grande lucidité. On fait un voyage à travers le temps.


I Racconti di giugno (Les Récits de juin)
Sur scène, juste une table, une chaise, un verre. Réduit à l’essentiel, le théâtre élémentaire de Pippo Delbono se met à nu. Dans ses Récits de juin, seul sur le plateau, l’acteur et metteur en scène italien se livre et se délivre à travers les mots et de petits gestes, singulièrement aptes à capter et à libérer l’intensité d’un parcours voué à la nécessité des hommes de théâtre. À mi-chemin entre confidence et conférence, l’exposition intime de cette recherche existentielle officie dans la pudeur et l’impudeur, entre silences éloquents et un dire cru parfois improvisé.
Tel un funambule, Pippo Delbono marche sur le fil de ses pensées, évoque cette « mémoire physique de la blessure » qui fonde ses spectacles et se redéploie à travers une écriture de scène poétique, élaborée à partir des corps, proche en cela de la chorégraphie. Intimité hantée par ses rencontres et la présence de ses complices de création, de Pepe Robledo à Bobò, Pippo Delbono raconte sa propre histoire et la leur entremêlée à des fragments de pièces, Urlo, Le Temps des Assassins, La Rabbia, Enrico V… Et ces Récits de juin confortent la vérité du créateur où l’acteur sans masque, dans un bouleversant moment d’abandon à la scène.
I Racconti di giugno a été joué au Festival d’Avignon 2006 dans la cour du Musée Calvet.
Informations pratiques
Théâtre du Rond Point    plan d'accès
2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt - 75008 Paris (M° Champs-Elysées Clemenceau)
Réservation : 01 44 95 98 21
Dates : du 9 janvier au 2 février 2008 à 21h
dimanche, 15h, relâche les lundis et le dimanche 13 janvier.

Partenariat Théâtre du Rond Point / L'Italie à Paris
* Tarif préférentiel 22€ au lieu de 33€ et de 10€ au lieu de 14€ pour nos internautes
pour obtenir la réduction: Réservez en citant l'Italie à Paris au 01 44 95 98 21 et présentez à la caisse ce justificatif imprimé

Attention : Vous bénéficiez des mêmes conditions pour les deux représentations exceptionnelles de I Racconti di giugno, les 21 et 28 janvier à 21h




 
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