Giacinta appartient à ce genre de personnages féminins capables de tenir un roman à eux tous seuls. Sa force est sa liberté vis à vis des conventions et de l'hypocrisie de la société. En réalité, la façon dont elle décide de mener sa vie, est exactement la même que la majorité des gens qui l'entouraient. Mais ce que les autres faisaient en cachette, elle décidait de le faire au grand jour.
Le roman a été écrit entre 1875 et 1878 et à sa parution, en 1879, les adjectifs employés par les critiques n'étaient pas des plus flatteurs : honteux, immonde, abominable… Un des plus véhéments à condamner Giacinta fut Emilio Treves, journaliste et éditeur, qui, suite au succès du livre, devint, quelques temps plus tard, l'éditeur de Capuana.
A cette époque, dans la péninsule tout juste recomposée, le roman contemporain était à ses premiers vagissements, contrairement à la France où le genre était très en vogue avec de nombreux grands auteurs. D'ailleurs ce fut justement à l'un de ces écrivains français, Emile Zola, que Capuana dédia son roman.
Mis à part quelques rares exceptions, les seuls romans que l'on publiait étaient des romans politico-historiques, sur l'exemple d'Alessandro Manzoni. Ce qui ne doit pas étonner, compte tenu de la situation politique du pays. Morcelé en petits Etats, dont nombreux sous contrôle de puissances étrangères, l'Italie cherchait en premier lieu son unité.
Giacinta se démarque donc d'une tradition respectée jusque là, ce qui provoqua tant de réaction. Grand lecteur des romanciers français, le sicilien Luigi Capuana, se heurta tout d'abord à la difficulté de se rattacher à un des courants littéraires français. Il hésita quelques temps avant de pencher finalement pour le naturalisme de Zola. L'auteur devait rester bien caché et laisser parler ses personnages, les laisser vivre leur vie sans intervenir, comme faisait, par exemple, Balzac. En outre, les personnages principaux devaient nettement se détacher de tous les autres, relégués au rôle de simples comparses. Il paraît que l'idée du roman lui fut inspirée par la lecture de Madame Bovary.
Mais en lisant le livre on se rend compte que Capuana ne respecta pas jusqu'au bout la règle qu'il s'était lui-même imposée. Ses idées modérées pleines de bon sens font leur apparition vers la fin du roman, exprimées par la bouche savante de l'un des personnages " secondaires ", qui devient de plus en plus proche de l'héroïne du livre.
Le texte publié en français est la traduction de la troisième et dernière édition, qui parut en Italie en 1886. Le livre fut totalement retravaillé par l'auteur, sur les conseils avisés de Giovanni Verga, le grand maître du " vérisme " italien, sicilien comme Capuana. Le livre qui en sortit était complètement transformé, il se colora de ce dernier mouvement en se positionnant entre le naturalisme français et le vérisme italien. Une sorte de roman de passage, ce qui malheureusement l'a fait presque oublier en Italie.
Stefano Palombari
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